Qui veut saboter l’opération Canaries ?

Qui veut saboter l’opération Canaries ?

Le Maroc et les Iles Canaries n’ont jamais été aussi proches que durant les derniers mois. Durant trois décennies, le Royaume et l’Archipel ont maintenu des relations très tendues à cause de l’alignement du gouvernement autonome des Canaries sur la position des séparatistes de Tindouf. Une situation qui a énormément changé depuis un mois. Pour la première fois, Rabat et Las Palmas ont tourné la page de la différence pour entamer une nouvelle étape dans leurs relations bilatérales, désormais basées sur la coopération économique et la concertation politique.
Ce rapprochement a été couronné par l’audience accordée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, en mai dernier, au président du gouvernement autonome des Iles Canaries, Adan Martin Menis. Cette audience a marqué, de l’avis de tous les observateurs, un tournant décisif dans les relations bilatérales. En effet, la visite au Maroc d’un homme comme Adan Martin, qui a toujours été l’un des alliés les plus importants du polisario aux Canaries et qui venait d’être élu à la tête de la présidence du gouvernement autonome de l’Archipel, était sans doute un événement qui marquait le début d’une nouvelle étape entre les deux parties. D’ailleurs, la visite de Martin a été couronnée par la signature par le Maroc et les Iles Canaries d’un mémorandum d’entente qui servira de cadre de référence « adéquat et efficace » pour le renforcement de la coopération entre les deux parties. Les relations « politiques » étaient donc institutionnalisées et dotées d’un cadre juridique qui les organisait. Toutefois, ce rapprochement politique était lié à une amélioration de la coopération économique. À ce propos, il est à signaler que, si les politiques des Iles Canaries ont fini par changer de position et abandonner le soutien des séparatistes de Tindouf, c’est grâce notamment aux pressions exercées par la communauté des affaires de l’Archipel. Conscients que l’ouverture économique des Canaries ne peut s’opérer qu’en direction du Maroc, les hommes d’affaires canariens ont exercé, durant les deux dernières années, d’énormes pressions pour inciter les politiques à abandonner leur politique d’hostilité envers le Maroc.
Rabat et Las Palmas devaient donc jeter les bases de nouvelles relations économiques, afin de renforcer la dynamique de rapprochement politique.
Cette mission a été confiée à des hommes d’affaires jeunes, dynamiques et qui incarnent le Maroc nouveau. C’est dans ce cadre qu’une délégation formée d’une trentaine d’hommes d’affaires marocains et présidée par le chargé de mission au Cabinet royal, Fadel Benyaich, a effectué une visite de travail à l’archipel. La visite, qui a eu lieu un mois après celle effectuée au Maroc par le président du gouvernement canarien, a été d’un grand succès puisqu’elle a permis aux deux communautés d’affaires marocaine et canarienne d’explorer les opportunités économiques offerts de part et d’autre et de s’entendre sur le meilleur moyen de développer les flux d’échanges commerciaux et d’encourager les investissements directs dans les deux sens.
Toutefois, le succès de cette visite et le travail méthodique effectué par la délégation marocaine n’a pas plu à certains milieux d’affaires au Maroc, qui considèrent les Iles Canaries comme une chasse gardée dont ils doivent avoir le monopole. Les intérêts de ces derniers ont rejoint ceux d’un autre groupe qui estime, de son côté, que tous les dossiers de coopération économique doivent transiter par lui. Et les deux ont commencé une opération de sabotage des initiatives de coopération économique en entravant, notamment la méthodologie du travail qui avait été installée suite à la visite effectuée par la délégation présidée par Fadel Benyaich. Ce sabotage s’est notamment manifesté par une mainmise totale sur l’accès à l’information économique sur les opportunités d’affaires au Maroc de la part de ceux qui sont censés en faire la promotion, à savoir le Consulat général du Royaume aux Iles Canaries. Mais, ce qui provoque le mécontentement des hommes d’affaires canariens, c’est surtout le fait que cette représentation du Royaume à Las Palmas privilégie les intérêts particuliers de certains hommes d’affaires marocains et canariens qui ont créé un cercle fermé où ils traitent des affaires personnelles freinant ainsi la dynamique qui était née suite à la visite de la délégation présidée par Benyaich. Ce cercle est notamment formé par le consul général, Abderrahmane Leibek, le président de la Chambre de commerce et d’industrie de Laâyoune, Hassan Derham, et le président de la Chambre de commerce de Las Palmas, José Miguel Suarez Gil.
Ces trois personnes ont formé une équipe qui travaille en collaboration étroite pour monter ensemble des affaires en dehors du cadre institutionnel normal. Ce qui est en train de provoquer la colère et le mécontentement des entrepreneurs canariens qui se trouvent ainsi privés de bénéficier du rapprochement économique entre le Royaume et l’Archipel.
S’estimant lésés, ces hommes d’affaires ont tenté de passer le message à travers certains articles de la presse locale de l’Archipel où ils ont formulé leurs griefs. Mais, ce n’est qu’il y a quelques jours qu’une occasion s’est présentée pour qu’ils puissent passer leur message aux autorités marocaines sur ce qui se passe. C’était à l’occasion de la tenue d’une réunion organisée, la semaine dernière à Las Palmas, sur les opportunités d’affaires au Maroc. Malgré l’invitation du conseiller commercial de l’ambassade d’Espagne à Rabat, Enrique Verdeguer, et l’intérêt du sujet, les hommes d’affaires canariens ont préféré boycotter la rencontre. Dans la salle, il y avait moins d’une vingtaine de personnes. Certains hommes d’affaires canariens qui ont boycotté la rencontre ont affirmé à ALM qu’à travers leur attitude, ils ont voulu faire passer un message clair pour attirer l’attention des autorités marocaines sur la situation. Depuis la visite aux Canaries de la délégation présidée par le conseiller de SM le Roi Fadel Benyaiche, qui a été d’un très grand succès, ceux qui ont pris le relais, à savoir le consul général et ses collaborateurs, nous ont déçus, ont-ils précisé.
Ainsi, l’excellent travail effectué au niveau du rapprochement politique et économique entre le Royaume et l’Archipel est aujourd’hui pris en otage par certains milieux qui favorisent leurs intérêts personnels aux dépens de l’intérêt général.

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