Sahara marocain : un document de la CIA révèle que l’Algérie avait proposé l’autonomie en 1988

Une nouvelle preuve, une de plus, du cafouillage de la diplomatie algérienne dans l’affaire du Sahara marocain. Et ce sont les services de renseignements américains qui viennent de le montrer preuves à l’appui. Pas plus tard que lundi dernier, la CIA a diffusé un document confidentiel déclassifié dans lequel elle montre comment l’ex-président algérien Chadli Benjedid, « frustré par l’incapacité du Polisario à enregistrer une victoire militaire », avait lui-même proposé au Roi Hassan II l’octroi d’une autonomie au Sahara dans le cadre de la souveraineté marocaine. Cette proposition de compromis, intervenue 12 ans après qu’Alger ait reconnu le soi-disant « gouvernement du Polisario », était au fond un aveu d’échec pour l’Algérie, qui pariait désespérément sur une victoire militaire des mercenaires pour imposer l’option de « l’indépendance du Sahara ». La diffusion, aujourd’hui, du document secret de la CIA ne doit évidemment rien au hasard, Washington ayant soutenu ouvertement les récentes conclusions de l’envoyé personnel du SG de l’ONU, Peter van Walsum, qui a jugé « l’option de l’indépendance » « irréaliste » et « irréalisable ». Ce document, au-delà de l’embarras qu’il devrait normalement susciter du côté d’Alger, montre par ricochet le bien-fondé de l’offre d’autonomie, qui reste la seule alternative sérieuse et crédible pour tourner la page d’un faux conflit plus que trentenaire. La proposition de l’ex-président Chadli Benjedid avait participé, de manière substantielle, au rétablissement des relations entre Rabat et Alger. Le même président algérien, toujours selon le document de la CIA, avait fait cette offre au Roi Hassan II parce qu’il avait réalisé, avec une lucidité remarquée, que l’option militaire avait généré autant de drames inutiles, et que seule une solution de compromis était capable de rétablir le cours de l’histoire entre les deux pays voisins. Chadli Benjedid, qui fut un ex-colonel de l’armée algérienne, avait fait sa proposition à la veille du Sommet arabe qui était prévu à Alger le 7 juin 1988, fait constater le même document. L’assouplissement de l’attitude sur le dossier du Sahara, dicté par la conviction d’une impossible « victoire militaire », avait toutefois appelé une contrepartie. Et c’était la participation du Roi Hassan II au Sommet de la Ligue arabe en Algérie. C’est à cette condition notamment que le président Benjedid pouvait « croire » à un dégel entre Alger et Rabat. Le Roi Hassan II avait facilité pour sa part l’installation de cette embellie, après avoir exprimé la disponibilité du Royaume à « accepter une médiation onusienne » en vue d’un règlement politique définitif de la question du Sahara. Curieusement, de tous les éléments rapportés par la CIA, il ressort que, aujourd’hui, on se trouve devant les mêmes termes de l’accord entre le président Benjedid et le Roi Hassan II. Avec cela de différent que la solution d’autonomie est exaltée par l’ONU, envers et contre la position stérile et contre-productive de l’actuel président algérien Abdelaziz Bouteflika.



Le Polisario et l’Algérie veulent perpétuer les négociations
aussi longtemps que possible


Le Polisario et l’Algérie n’ont pas d’autre objectif que de perpétuer le processus de négociations sur le Sahara aussi longtemps que possible, a estimé M. Peter Van Walsum, envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara. Dans un entretien au quotidien néerlandais «NRC Handelsblad» (édition du 24 mai), le diplomate néerlandais revendique son droit d’exprimer son opinion au Conseil de sécurité, en considérant l’option d’indépendance comme un objectif irréaliste.
«J’ai estimé que si je n’exprime pas mon opinion maintenant, je me sentirais incroyablement abusé dans un an», a-t-il estimé. «Je risquais de me discréditer. J’ai eu le sentiment que j’étais chargé de cette affaire pour la faire perdurer à l’infini», a-t-il expliqué, en estimant que, faute de perspective, il était, malgré tout, encouragé dans sa mission, surtout de la part de l’Algérie qui soutient le Polisario. Sa conviction était tout autre et les choses, à ses yeux, n’allaient pas bien.
M. Peter Van Walsum a, d’autre part, souligné qu’il est immoral que des populations demeurent installées dans des campements depuis 33 ans. «Est-il moralement acceptable qu’on laisse encore une génération d’enfants du Polisario grandir dans des campements?», s’est-il interrogé, rappelant sa décision de suggérer au Polisario d’«entrer dans des négociations ardues en vue d’aboutir à une forme d’autonomie garantie sous le drapeau marocain».

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