Un pari sur l’avenir

ALM : Dans quelles mesures ce qui se passe à Johannesburg peut-il concerner le Maroc ?
Aïcha Detsouli : Aucun développement durable ne peut se faire en l’absence d’un environnement sain. Le déséquilibre environnemental causé par l’exploitation abusive des ressources naturelles, la pollution de l’eau et de l’air, due à des pratiques agricoles ou industrielles non réglementaires sont responsable de la situation économique et sociale précaire des pays sous-développés ou en voie de développement (PED), de la pauvreté galopante et de la dégradation de la santé des citoyens à plusieurs niveaux.
Le sommet mondial sur le développement durable à Johannesburg confirme que le problème est ouvertement posé pour la communauté internationale, qui a compris sa gravité et son ampleur et qui est amenée à agir selon une stratégie réaliste.
La tenue de ce sommet qui a été précédé par celui de Rio en 1992, puis bien auparavant en 1968 par les déclarations onusiennes en faveur de la préservation de l’environnement humain, qui a fait l’objet d’un congrès en 1972 à Stokholm, suivi du programme onusien sur l’environnement et le développement durable en 1983, est issue de l’inquiétude croissante qui gagne les esprits des responsables scientifiques, économiques et politiques ainsi que tout le public averti, sur les risques d’une détérioration de la vie sur terre.
Mais chez nous, la situation est-elle alarmante ?
Il est impératif que des mesures urgentes et concrètes soient prises pour préserver l’environnement et faire du progrès économique et de la défense environnementale un seul et même objectif. Si les pays du Nord, dont la situation économique et sociale est convenable, se plaignent de l’état dramatique de l’environnement dans leur région, les pays du Sud ressentent cette fracture écologique encore plus profondément, et notre pays est directement concerné par ce qui se passe à Johannesburg. Il est important, aujourd’hui plus que jamais, que les concitoyens comprennent la relation qui existe entre l’environnement et le développement, et qu’il n’est point possible d’imaginer un développement économique durable et un développement social et humain, en l’absence d’une stratégie globale qui prend en considération l’être humain comme centre d’intérêt et le revalorise en lui procurant une bonne éducation, une bonne santé et un logement sain dans un environnement sain.
Lorsqu’on sait qu’au Maroc la détérioration de l’environnement, par la pollution de l’eau et de l’air, la désertification, la déforestation, l’exploitation abusive des ressources naturelles, fait perdre à notre pays l’équivalent de 7 fois le budget annuel du ministère de la Santé, il y a de quoi s’inquiéter sérieusement, pour se pencher concrètement et objectivement sur la prise en charge de ce dossier. L’impact du sommet de Johannesburg sur notre pays devrait aussi amener à repenser le problème du budget consacré à l’environnement dans notre pays, et dont la faiblesse correspond au manque d’intérêt qu’on accorde à ce volet, qui est passé d’un Secrétariat d’Etat pour l’Environnement à un simple département.
Depuis Rio ( 1992) où beaucoup de recommandations ont été observées à ce jour, aucune résolution n’a été respectée. Pourquoi ?
En effet, nous constatons avec amertume que les engagements prix n’ont pas été respectés et que les pays pauvres sont de plus en plus pauvres et les pays riches de plus en plus riches. Les écarts se creusent de jour en jour, la terre va très mal et l’humanité encore plus mal. Nous nous demandons si les responsables américains réalisent la gravité de l’impact négatif de leurs agissements à l’échelle mondiale et nous comprenons fort bien pourquoi et comment les recommandations de Rio, malgré la bonne volonté certes de certains pays, n’ont pu être respectées et nous nous étonnons comment ce pays qui dépense un budget énorme pour lutter contre ce qu’il appelle le terrorisme pratique lui-même un terrorisme écologique encore plus destructeur.
Puisque le rapport entre développement et environnement est indéniable, croyez-vous que les pays développés consentiront à ce que le Tiers – Monde arrive à un stade compétitif ?
Lorsque nous pratiquons une analyse globale de la situation actuelle dans le monde et que nous arrivons à mettre en place les différents morceaux du puzzle, les choses deviennent de plus en plus claires et nous réalisons que ces sommets sont vidés de leurs contenus et se révèlent n’être que des shows nous jetant de la poudre aux yeux. On ne peut toute-fois nier l’existence de la volonté réelle de certains pays d’aider l’hémisphère Sud à se mettre sur pied, mais ce n’est malheureusement pas une idée partagée par tous. L’égoïsme de certains pays occidentaux, et à leur tête les Etats – Unis , s’affiche plus clairement chaque jour, dévoilant leurs réelles intentions d’accentuer plutôt le sous développement durable des pays du Sud et de pèrpetuer par conséquent leur dépendance à leur égard. Ce qu’ils donnent d’une main, ils le reprennent de l’autre.
Comment voyez-vous la situation à moyen terme ?
Il y aurait lieu de dire qu’à moyen et long termes, cette situation de déséquilibre grandissant entre pays riches et pauvres et cette surexploitation des derniers par les premiers, ne sont en réalité dans l’intérêt d’aucun des deux camps ; car les effets négatifs qui en résulteraient et dont les pays pauvres seraient les premiers et les plus directement touchés ne tarderaient pas en fin de course d’avoir des retombées multiples et multiformes, directs et indirects sur les pays riches eux-mêmes.
Comment peut-on régler les choses chez nous au Maroc ( les mesures, les actions à entreprendre…) ?
Concernant notre pays et nos concitoyens, il est certain que nous ressemblons à tous les êtres humains à plus d’un titre, et que nous leur sommes différents à plus d’un titre également. Mais nous restons concernés en principe par tout ce qui touche le reste de l’humanité.

• Propos recueillis par Youssouf Chaoui et Mohamed Benkhallouk

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