Un secteur mal soigné

Les chiffres sont éloquents. Au Maroc, il y avait à peine 250 officines en 1965. Ce chiffre est passé à 850 en 1980. Il a atteint 2 500 en 1995 et on dénombre aujourd’hui 7 000 pharmacies. Cela donne une idée de l’engouement pour un métier qui était réservé jusqu’au début des années 90, aux notables. En ce temps-là, on ne se bousculait pas pour devenir pharmacien. Mais depuis, c’est la course aux officines. La condition du pharmacien en a été profondément affectée. Certains parlent ouvertement d’un corps de métier en crise. Est-ce que tous les pharmaciens s’expriment d’une même voix ? Pas du tout. Nombre d’entre eux font en effet valoir les mérites de leurs formations pour se distinguer des autres.
Jusqu’au début des années 90, il était obligatoire de suivre des études pharmaceutiques à l’étranger pour pouvoir ouvrir une officine au Maroc. L’ouverture de la faculté de médecine et de pharmacie de Rabat a permis la formation de pharmaciens au Royaume.
Mieux, le régime des études et des examens en vue de l’obtention du diplôme de spécialité pharmaceutique et biologique y est si rigoureux qu’il apparaît supérieur aux formations à l’étranger. Un étudiant diplômé en pharmacie au Maroc a fait un bac + 7. Après deux ans d’étude en biologie à l’université, il passe le concours d’entrée à la fac de médecine et de pharmacie de Rabat. Il y suit des études pendant quatre ans et dispose d’une cinquième année pour réaliser une thèse. Au bout de son cursus, il est fièrement coiffé du titre de docteur en pharmacie.
Ce qui n’est pas le cas des autres pharmaciens formés à l’étranger. Et tout particulièrement ceux qui ont suivi des études dans les Etats de l’ex-URSS et les pays de l’Europe de l’Est. «Il faut savoir que ces formations ne répondent en aucun cas aux exigences de l’exercice de la pharmacie. Dans les pays de l’ex-Union soviétique, on distribue les diplômes à des personnes qui n’ont même pas obtenu le bac, on en falsifie d’autres et la durée d’études est aléatoire. Elle varie entre 2 et 4 ans », explique un docteur en pharmacie, diplômé au Maroc. Une pharmacienne, qui a fait ses études en Russie, s’estime, pour sa part, aussi compétente que les autres. «Il est trop facile d’indexer tous les étudiants formés à l’Est dans une liste de médiocres ou d’imposteurs. Il faut savoir qu’il existe une commission qui examine minutieusement le dossier de chaque Marocain qui a suivi ses études pharmaceutiques en Europe de l’Est avant d’homologuer son diplôme». Cette commission a été établie depuis peu, mais les premiers pharmaciens diplômés à l’étranger ont ouvert leurs officines sans avoir à la subir.

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