Zougam, l’agent dormant de Madrid

Il est marocain. Il est l’un des principaux suspects des attentats du 11 mars, les plus meurtriers d’Espagne, et qui ont fait plus de deux cents morts. Né à Tanger, le 5 octobre 1973, Zougam est issu d’un milieu populaire de l’ancienne médina, plus exactement le quartier de la Kasbah.
Selon ceux qui l’ont côtoyé pendant des années, c’est là où il a grandi, avant de plier bagages avec sa famille à destination de l’Espagne, selon les uns, ou la France, selon les autres.
Zougam est, surtout, l’un de ces milliers de jeunes exclus de la croissance, victimes du chômage et de la pauvreté, qui, impuissants, voient leurs vies passées et, pour aspirer à un avenir meilleur, tuent leur temps à observer les côtes espagnoles, qui se trouvent à mois de 15 kilomètres du détroit de Gibralter. Zougam est l’un des rares jeunes qui ont eu la chance de traverser la Méditerranée.
C’était en 1983. Il s’est installé à Madrid, à l’âge de 10 ans, en compagnie de sa mère et de son demi-frère aîné, Mohamed Chaoui, né en 1969, lui aussi interpellé par la police espagnole dans l’enquête des attentats du 11 mars.
Au début des années 2000, les deux hommes ont monté une affaire à Madrid : une boutique de réparation de téléphones mobiles. Ils ont été rejoints, par la suite, plus exactement en mars 2002, par le troisième suspect marocain, Mohamed Bekkali, 32 ans, né à Tétouan où il avait décroché son diplôme de licence en sciences physiques à l’université de Tétouan. Les activités de Zougam : trafic de téléphones portables. Et ce n’est pas tout. Il côtoyait les groupes salafistes locaux, à partir de 1993, dont certains avaient comme projet, la création de « maquis islamistes » dans les montagnes du Rif. Il a été récupéré, en 1997, par ce qui allait devenir par la suite «Al Qaïda».
Le dernier séjour de Zougam au Royaume remonte au 20 avril 2003, soit trois semaines avant les attentats sanglants de Casablanca. C’est Abdelaziz Benyaïch, arrêté en Espagne en juin 2003, pour avoir participé directement aux attentats de Casablanca, qui aurait été derrière son recrutement. Selon les enquêteurs marocains, c’est à Tanger que Zougam aurait croisé Pierre Robert, le seul étranger condamné dans l’enquête sur les attentats du 16 mai.
D’autre part, selon Jean-Charles Brisard, enquêteur pour les avocats des familles des victimes du 11 septembre, Zougam aurait été en contact avec mollah Krekar, fondateur du mouvement islamiste kurde irakien, Ansar al-Islam. Il serait allé en Norvège à plusieurs reprises pour rencontrer mollah Krekar qui réside dans ce pays depuis 1991.
Lors de son arrestation, les enquêteurs espagnols avaient saisi dans son domicile «une importante documentation islamiste radicale et, en particulier, un communiqué du GIA du Tadjikistan». Les enquêteurs y ont découvert aussi une cassette vidéo montrant des moudjahidines au Daghestan (Russie) et les numéros de téléphone de trois membres de la cellule madrilène d’Al-Qaïda.

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