Zougam : Play-boy et terroriste

Zougam : Play-boy
et terroriste

“Mais regardez-les. Regardez-les bien! Ont-ils la tête de terroristes islamistes ?“ Pour convaincre de l’innocence de ses deux enfants impliqués dans les attentats de Madrid, Aïcha Achab a sorti son ultime argument: des photos. Elle en appelle au physique pour balayer d’un revers de main les graves accusations qui pèsent sur Jamal Zougam et son demi-frère Mohamed Chaoui. Aïcha tire par la manche le journaliste du quotidien espagnol “El Mundo“ qui est venu l’interviewer. Elle montre une photo de Jamal posant buste nu devant la mer. “N’est-il pas beau!“, s’exclame Aïcha. Ses yeux deviennent humides à force qu’elle se laisse perdre dans le bel azur océanien de la photographie. Difficile de prendre pour un terroriste le jeune homme dont le cou est ceint par un collier en cuir. Son apparence athlétique atteste un homme soucieux de plaire à autrui. La lourde boucle en métal de sa ceinture témoigne d’une audace vestimentaire.
L’homme ne porte pas de surcroît sur son front cette estampille qui authentifie les fidèles pratiquants. Il ressemble plus à un acteur qu’à un poseur de bombes.
Aïcha montre une autre photo de son fils, accoudé à une cheminée. Du point de vue vestimentaire, Jamal Zougam ne correspond pas du tout à l’idée que l’on se fait de ceux qui tuent au nom du jihad. Aïcha ne se contente pas de l’apparence de son fils, mais montre son sourire. Etendu sur une serviette, Jamal Zougam affiche le sourire d’un homme heureux. Une personne tranquille qui semble à mille lieues des préoccupations de ceux qui se préparent au pire. Son demi-frère Mohamed Chaoui est également atypique : il ne répond pas au profil du terroriste islamiste. Il aime le soleil, la plage et les chapeaux de paille. Qui aurait pu dire que l’homme grimaçant d’une façon sympathique a froidement acheminé un sac, bourré d’explosifs, jusqu’au train ? Ses mains n’ont pas tremblé en le posant sous un siège. Mohamed Chaoui n’a pas été non plus attendri par les passagers qu’il envoyait à la mort. Il aime l’équipe de football du Real Madrid. C’est lui l’aficionado de David Beckam. Les enquêteurs ont retrouvé chez lui un autographe du joueur anglais.
Aïcha Achab croit ferme à l’innocence de ses enfants. “Mes fils ne sont pas montés à bord d’un train, mercredi, ils ont passé la nuit à la maison avec moi, comme ils le font tous les jours. Jeudi, je leur ai préparé le petit-déjeuner, comme je le fais tous les matins, et nous avons vu à la télévision ce qui s’était passé“, assure-t-elle dans l’entretien, paru mercredi dans “El Mundo“. Et quand le journaliste objecte qu’ils ont été identifiés par des passagers du train, Aïcha répond que “de nombreux Espagnols confondent les Marocains. Cela ne veut rien dire“.
Il existe deux hypothèses pour expliquer l’enrôlement des fils d’Aïcha dans un attentat terroriste. Olivier Roy, islamologue auteur de “L’Islam mondialisé“, a déclaré, dans un entretien avec ALM : “à mes yeux, le phénomène marquant de notre époque, c’est le passage à l’Ouest de l’Islam qui, en Europe occidentale, est surtout une conséquence de l’immigration“. La conséquence de ce passage serait une occidentalisation de l’apparence de ceux-là mêmes qui perpètrent des attentats. La deuxième hypothèse, la plus vraisemblable aussi, est l’apparition d’une nouvelle forme de banditisme. Les fils d’Aïcha n’étaient vraisemblablement pas des partisans du jihad. Ce ne sont pas des kamikazes, embrigadés pour mourir au nom de la religion. Les fils d’Aïcha ont simplement pris des galons dans l’échelle du banditisme. Du larcin, ils sont passés à l’attentat. Et si l’attentat n’a pas été perpétré par conviction, il l’a été pour quel motif? Sans doute, l’argent. Dans ce cas, les fils d’Aïcha ne seraient que des exécutants qui ont poussé jusqu’à ses derniers retranchements la logique du gain.

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