Arafat demeure incontournable

«Je ne comprends pas que l’on continue à s’intéresser à Arafat et à sa rhétorique (…). Les Palestiniens ont besoin de dirigeants qui combattent le terrorisme, ce qui n’est pas le cas de M. Arafat. Ils ont besoin de dirigeants qui travaillent à leur donner un Etat, plutôt qu’à tirer profit de leurs souffrances ». Ces termes très vindicatifs à l’égard du président palestinien ont été tenus samedi dernier par la conseillère du président Bush pour la sécurité nationale dans les colonnes du quotidien français «Le Monde». Condoleeza Rice n’a cependant fait là que confirmer le mot d’ordre adopté depuis plus d’un an par Washington et Tel-Aviv : mettre Yasser Arafat hors-jeu. Une stratégie à laquelle, là encore, Union européenne et Etats-Unis ne sont pas d’accord. Récemment, plusieurs responsables du vieux continent, notamment les chefs de la diplomatie allemande Joshka Fischer et française Dominique de Villepin, ont rencontré le président. Cette volonté de le garder comme interlocuteur leur avait d’ailleurs valu d’être boycottés par Ariel Sharon. Depuis des mois, le gouvernement israélien accuse le raïs d’être impliqué dans les attentats anti-israéliens, et ne s’adresse à lui que pour lui proposer l’exil sans retour… Yasser Arafat est depuis décembre 2001 reclus dans son QG en ruines de Ramallah, en Cisjordanie, encerclé par une armée qui occupe aussi toutes les villes palestiniennes.
Est-il pourtant « politiquement mort » ? Certes, les deux sommets organisés en présence du président américain cette semaine ont illustré sa mise à l’écart de la scène internationale au profit d’une nouvelle direction menée par le Premier ministre Mahmoud Abbas. A Charm Al-Cheikh mardi, devant M. Bush et les dirigeants arabes, celui-ci a cependant réitéré son appel à la levée du blocus imposé au président. De l’avis d’une député palestinienne, Hanane Achraoui, les réunions égyptienne et jordanienne, si elles avaient aussi pour but de «renforcer la position» d’Abou Mazen «en tant que représentant principal des Palestiniens à la place d’Arafat», ne pouvaient pas effacer totalement Yasser Arafat. «Les Palestiniens ne veulent pas voir leur leader historique humilié. S’il devait l’être, ils prendraient aussitôt sa défense» a-t-elle estimé.  Exclu en matière de politique étrangère et affaibli par le récent partage de ses pouvoirs, Yasser Arafat reste le président élu des Palestiniens. Il pourrait même profiter du rôle international de son Premier ministre pour être plus influent encore sur le plan intérieur. Symbole du combat de tout un peuple, le raïs n’a d’ailleurs pas manqué jeudi de déclarer que les Israéliens n’avaient rien proposé de «tangible» lors du sommet d’Aqaba, en Jordanie, notamment en matière de démantèlement des colonies. Dimanche dernier, il avait aussi rappelé aux Américains son rôle incontournable dans le processus de paix en jugeant «probable» que le Hamas accepte de décréter un cessez-le-feu prochainement. Autant dire que sur ce plan-là, le succès des négociations en cours ne pourra se faire sans lui. Et quoiqu’en disent Américains et Israéliens, il en va là encore de la survie du processus de paix…

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