Ben Laden : Une vraie fausse arrestation

L’effervescence régnait samedi en zone pachtoune vers 13 heures quand les agences de presse ont relayé la nouvelle de la «capture» d’Oussama Ben Laden, annoncée par la radio d’Etat iranienne, souvent bien informée sur cette région. L’information a été démentie immédiatement par les autorités pakistanaises et l’Administration Bush qui ne tenait visiblement pas à être accusé de ménager le calendrier de l’annonce de la capture du commanditaire présumé des attentats du 11 septembre, pour le faire rapprocher des élections de novembre.
Le démenti est venu d’abord d’un porte-parole du Commandement central américain à Tampa, en Floride. «Je n’ai pas d’information selon laquelle nous aurions capturé Oussama Ben Laden», déclare David Farlow qui use au passage du même conditionnel que celui utilisé par les médias.
Ce dont on est pour le moins sûr c’est que le chef de la mouvance islamiste Al Qaïda court toujours. Localisé mais introuvable, caché dans une bande de terre où les patrouilles de l’armée pakistanaises se font plus pressantes.
Le président américain George Bush a d’ailleurs approuvé un plan décisif, selon le site Internet de New York Times, citant des responsables militaires et politiques.
Ce plan vise à profiter d’une situation météo plus clémente dans la zone. Les grandes neiges et les brouillards d’hiver compliquaient la tâche de la Task Force 121, unité lancée à la poursuite de Ben Laden et de ses partisans et qui regroupe des membres des Forces spéciales ainsi que des agents de la CIA. Ces derniers comptent des éléments dépêchés d’Irak où ils ont joué un rôle actif dans la capture de Saddam Hussein.
Selon les médias américains, ce plan se basera largement sur les informations obtenues suite à l’arrestation de plusieurs éléments de la mouvance islamiste, ces derniers jours . De plus, les 11 000 soldats américains présents en Afghanistan vont changer de tactique. Plus question d’artilleries lourdes, ni de vols furtifs et de raids éclairs, mais bel et bien l’option commando avec l’approche terrain. En lieu et place, du feu, des opérations de nettoyage menées par de petits groupes hyper armées et qui vont rester dans les villages afghans, plusieurs jours s’il le faut. Au risque de se retrouver à la merci des actes hostiles. Pour tourner en leur faveur les populations, traditionnellement acquises à la cause de Ben Laden, les Américains prévoient de jumeler ces patrouilles militaires avec des actions caritatives. Des aides seront distribuées par les militaires. Pour l’Administration Bush qui tire les leçons du passé récent (Irak), il s’agit d’un moyen efficace pour casser le réseau de soutien dont bénéficierait toujours Ben Laden et ses partisans.
De l’avis du ministre pakistanais de l’Intérieur, Oussama Ben Laden se trouve probablement dans «la zone frontalière, entre le Pakistan et l’Aghanistan », ajoutant dans les colonnes d’un journal allemand que «le filet se resserrre autour des terroristes».
Quatre jours avant l’arrestation, le lundi, un communiqué signé du très officiel «Centre d’Information du Mollah Omar», affirmait que Ben Laden et son adjoint, l’Egyptien Ayman al-Zawahiri, sont en vie, en Afghanistan, «occupés à planifier des opérations anti-américaines». Manoeuvre délibérée pour brouiller les pistes ? Et si, comme s’interroge une radio pakistanaise, tout cela était du leurre ?Et si Ben Laden était déjà loin, dans une autre cache, peut-être un autre pays ?
En tout cas, les Forces pakistanaises justifient leurs interventions musclées dans des zones cibles, ces derniers jours, par l’interception de conversations téléphoniques, dont rien n’indique que le «Cheikh» ait eu à prendre part, bien que son nom ait été cité plusieurs fois.
Si la situation reste au statu quo, le Pentagone envisage de lancer d’ici le printemps une opération d’envergure contre les caches abritant les membres d’Al Qaïda. Les observateurs pensent que les manoeuvres pakistanaises actuelles visent plus à «déblayer le terrain» qu’à autre chose.
Comme le reconnaît un responsable des services de renseignements de ce pays, «nous ne sommes pas près de capturer Oussama, mais tous nos efforts et nos opérations visent à trouver des indices sur l’endroit où il se trouvée». La plupart des observateurs restent plus que jamais dibitatifs, depuis l’information provenant de l’Iran, premier pays à annoncer la capture de Saddam Hussein et surtout, un pays dont les services de renseignements sont en territoire conquis en terre pachtoune. Pour qui profite la vraie fausse arrestation de Ben Laden ?

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