Bertrand Delanoë, un maire sur orbite

Pour de nombreux observateurs politiques, un des enjeux collatéraux de ce scrutin municipal est la grande recomposition que doit subir le Parti socialiste à la veille de son congrès. Son premier secrétaire, François Hollande, s’apprête à rendre son tablier, ouvrant une des batailles de succession la plus incertaine de son histoire récente.
Depuis la défaite des présidentielles et le fossé qui est apparu entre la candidate officielle Ségolène Royal et la stratégie électorale du Parti socialiste, la question de la prise de contrôle du Parti socialiste était devenue une urgence absolue pour ceux, parmi les socialistes qui prétendent à un destin national. Les appétits étaient excités et la course ouverte vers  son contrôle.
Même si elles ne se sont pas encore officiellement déclarées, de nombreuses personnalistes lorgnent publiquement sur ce poste prestigieux. Parmi ceux qui se sont officiellement déclarés se trouve Julien Dray, l’ancien porte flingue  de Ségolène Royal qui présente comme argument massue outre sa volonté de réorganiser et de moderniser le PS mais surtout son engagement à ne pas se présenter aux prochaines présidentielles. 
À travers ces municipales, de nombreuses personnalités ont laissé poindre leur désir de jouer les premiers rôles socialistes comme Martine Aubry à Lille, Jean Marc Ayrault réélu à Nantes ou Gérard Collomb réélu à Lyon,  ou bien François Rebsamen, réélu a premier tour à Dijon, au point  où François Hollande s’était cru obligé de lancer cet avertissement : «si les municipales deviennent un concours d’ego, les électeurs nous le feront comprendre. Les élections municipales, ça n’établit pas les rapports de force pour le congrès».  La majorité présidentielle n’a pas raté de pointer l’ironie du spectacle. Xavier Bertrand, ministre du Travail de François Fillon s’en pourlèche les babines : « l’élection qui intéresse le plus les socialistes, c’est celle du premier secrétaire du PS». Une autre personnalité impose son magnétisme à la galaxie socialiste. C’est Bertrand Delanoë, le maire de Paris. Homosexuel affirmé, tunisien d’origine et de cœur, Bertrand Delanoë a accolé son nom aux réalisations les plus originales de la capitale comme l’opération «Paris plage» ou le «Vélib», le vélo en libre service dans Paris, comme aux ratages les plus médiatiques comme la perte de la capitale française de l’organisation des Jeux Olympiques de 2012 au profit de Londres.
Son bon résultat le met manifestement sur orbite pour arracher la confiance des socialistes. Depuis le début de la campagne électorale, il s’est fait un malin plaisir à prendre le contre-pied de Ségolène Royal. Là où elle prônait un rapprochement tout azimut avec le MoDem de François Bayrou, Bertrand Delanoë a fait le choix de rester sur une alliance classique avec les verts et le PCF. Ce maintien de la barre à gauche lui vaut, dans le landerneau, la réputation d’un fin stratège qui a réussi à gagner tout en maintenant son parti dans son univers naturel et surtout à lui éviter des combines d’appareils aussi éphémères qu’artificiels.
Depuis le début de cette campagne, Bertrand Delanoë avait méthodiquement refusé de se prononcer sur son avenir d’après scrutin municipal. «Je ne suis préoccupé que par l’avenir de Paris» avait-il l’habitude de dire devant des invités incrédules.  Il savait que sa marge de manœuvre au sein de la famille socialiste en particuliers et de la gauche en général dépendait exclusivement de son score parisien : La Mairie de Paris perdue équivalait à une descente en enfer et à un exil intérieur irréversible. Par contre une réélection ouvrait la voie à tous les scénarios.
Le Parti socialiste, encore sous le choc de deux défaites présidentielles cuisantes, Lionel Jospin en 2002 et Ségolène Royal en 2007, était à la recherche d’un leader capable de renouer avec les victoires. La légitimité du triomphe municipal donne à Bertrand Delanoë des ailes pour prétendre incarner une nouvelle dynamique à gauche. Durant la campagne, son adversaire Françoise de Panafieu avait tenté de retourner contre lui l’arme de ses ambitions : « Pour lui, Paris n’est qu’un marche pied… Son bureau ne sera pas à l’hôtel de ville mais au 10 rue de Solferino (siège du Parti socialiste)».
 

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