Chrétiens ou musulmans, les fonds à principes religieux prospèrent

Chrétiens ou musulmans, les fonds à principes religieux prospèrent

Le fonds Ave Maria n’a pas apprécié que l’assureur AIG accorde des avantages aux concubins: il a vendu ses actions, comme d’autres fonds religieux aux Etats-Unis qui veulent marier morale et profits. Ces fonds gèrent désormais des milliards de dollars et attirent de plus en plus d’Américains désireux de faire fructifier leur argent sans perdre leur âme.
Aujourd’hui une quarantaine aux Etats-Unis, les fonds de placement religieux rassemblent «près de 20 milliards de dollars d’actifs», contre «moins de 500 millions de dollars il y a une dizaine d’années», selon Morningstar, société d’analyses d’investissements basée à Chicago.
«De plus en plus de personnes mettent leur argent dans des fonds communs de placements, notamment pour leur retraite, et comme beaucoup d’Américains sont croyants, les fonds à principes religieux intéressent de plus en plus», explique David Kathman, analyste de Morningstar.
«Ils attirent des gens qui n’auraient pas investi autrement», ajoute-t-il.
Loin de faire des bénéfices le premier critère d’investissement, les fonds religieux examinent aussi les sociétés, dont ils achètent des actions, sous le prisme de la nature même de leur activité, de leur politique salariale ou encore de leurs partenariats.
«Beaucoup de leurs critères de sélection sont les mêmes que ceux des autres fonds dits “socialement responsables”: ils refusent les sociétés impliquées dans l’alcool, le tabac ou les jeux d’argent», explique Todd Larsen, porte-parole du Social Investment Forum, qui promeut ce nouveau type d’investissements.
«A cela, ils ajoutent des critères propres à la religion qu’ils suivent, notamment ce qui touche à la pornographie ou à l’avortement», poursuit-il, ce qui exclut d’emblée la plupart des groupes internet et des laboratoires pharmaceutiques.
Le plus important des fonds musulmans, Amana, se détourne également de tout ce qui a un lien avec la viande de porc, mais aussi des assureurs et des banques versant des intérêts, puisque «les principes de l’Islam exigent que les investisseurs ne reçoivent pas d’intérêt», explique-t-il sur son site Internet.
Chez les fonds chrétiens, l’accent est mis sur les valeurs familiales et le mariage. Par exemple, le fonds catholique Ave Maria, où siègent le présentateur de CNBC Larry Kudlow et le fondateur de Domino’s Pizza Thomas Monaghan, «a vendu en 2006 ses actions chez 3M et AIG, quand ces groupes ont commencé à offrir des avantages sociaux aux partenaires de leurs salariés, hors mariage», dit M. Kathman.
Un autre fonds catholique, LKCM Aquinas Funds, focalise lui plutôt sur «les armes de destruction massive, la discrimination, les droits de l’homme»…
Voulant «reconquérir les valeurs américaines traditionnelles», le fonds protestant Timothy Plan affiche, sur son site, un «Hall of Shame», tableau de déshonneur des sociétés bannies de ses placements. Une quarantaine de grands groupes y sont épinglés pour des motifs variés, de General Electric à Microsoft, en passant par Pfizer, Coca-Cola et Walt Disney.
Mais en dépit de la longue liste de stars de Wall Street rejetées car «bibliquement» incorrectes, parier sur sa foi paie.
Selon Morningstar, le principal fonds du Timothy Plan, le plus performant des fonds religieux, a réalisé en 2007 un retour sur investissement de 17%, supérieur à celui de la plupart des fonds communs de placements. Juste derrière, le «Amana Trust Income» a vu ses placements fructifier de 14%. Toutefois, «il n’y a aucune preuve évidente que ces fonds, dont les stratégies sont très variées, réalisent de meilleures performances sur le long terme que les autres fonds», dit M. Kathman, d’autant qu’ils «ont tendance à être plutôt chers par rapport à leurs pairs».
Selon une étude du Pew Research Center, environ 54% des Américains se déclaraient protestants, 25% catholiques, 2% juifs et 0,5% musulmans en 2006.

• Marie Julien (AFP)

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