Chypre, la convoitée

C’est la première fois depuis vingt ans qu’un secrétaire général des Nations-Unies se rend à Chypre. Une visite de Kofi Annan qui n’avait rien d’anodin puisque le représentant onusien y a rencontré les deux dirigeants de l’île…
Depuis la reprise des pourparlers en janvier, l’ONU et la partie chypriote-grecque (sud) tentent de convaincre la zone sous influence d’Ankara. Les deux premières prônent un Etat fédéral « bi-zonal». La République turque de Chypre du Nord, autoproclamée en 1983 et seulement reconnue par la Turquie, souhaite quant à elle la création d’une entité regroupant deux Etats souverains. Sans espérer aucun «miracle», Kofi Annan a tout d’abord rencontré le président chypriote grec Glafcos Cléridès mercredi matin.
Il a ensuite traversé la «ligne verte » établie par l’ONU en 1974, pour se rendre dans le nord auprès du responsable de l’Etat chypriote turc, Rauf Denktash. Si les deux interlocuteurs ont paru satisfaits, le soir même les espoirs d’un règlement du conflit se sont amenuisés. Selon M. Denktash, Kofi Annan «a accepté» le fait qu’il est « impossible » de trouver une solution à la question chypriote d’ici juin, date-butoir. S’exprimant au terme d’un dîner avec M. Annan et le président Cléridès à Nicosie, le responsable de la zone turque a toutefois indiqué que les deux parties chypriotes allaient poursuivre le processus de dialogue. Encore une fois.
Il faut dire que la question chypriote est loin d’être simple. Située au large de la Syrie et de la Turquie, cette île a une position stratégique indéniable. Ce qui explique d’ailleurs son histoire, l’une des plus anciennes au monde. Dès la découverte de gisements de cuivre vers – 3.000, Chypre s’est développée à grande vitesse. Et qui dit prospérité dit aussi convoitises. Tout au long des siècles, l’île a ainsi vu arriver des Phéniciens, Assyriens, Egyptiens et Perses.
La présence la plus longue et la plus influente a toutefois été celle des Grecs dont Chypre était le centre politique et culturel par excellence.
Les Romains ont ensuite brièvement pris le relais, mais l’île a fini par devenir byzantine, du IV° au XII° siècle. Certes, il y a eu les incursions arabes, puis les croisades des Latins et la dynastie franque. Malgré ces visiteurs, Chypre a pu conserver ses deux dominantes, grecques et turques.
Ces deux communautés ont souvent été solidaires, notamment face au colonisateur britannique dans les années 1950. En 1955, les Chypriotes grecs ont cependant pris seuls les armes contre l’occupant, alors que l’autre communauté, poussée par la Turquie, a soutenu le régime colonial. L’île, finalement indépendante en 1959, s’est à nouveau retrouvée unie, les deux communautés étant réparties de façon équitable au sein des institutions. Mais la Turquie a encore une fois joué les trouble-fêtes en 1963 alors que le Président de l’île, l’Archevêque Makarios, cherchait le soutien côté chypriote-turc pour une série de réformes. Un échec qui a provoqué une crise intercommunautaire et l’intervention de l’ONU en 1964.
Dix ans plus tard, un coup d’Etat d’ultra-nationalistes chypriotes grecs partisans d’un rattachement de l’île à la Grèce, a permis à l’armée turque d’intervenir dans le nord-est et d’occuper 38% du territoire Depuis, Chypre est divisée en deux États, entre lesquels un contingent des forces de l’ONU s’efforce de maintenir la paix. Entre crises et discussions, le problème n’a jamais pu être réglé tandis qu’un fossé économique se creuse entre un sud axé sur le tourisme et un nord qui stagne.

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