Coup de filet anti-ETA en France

Coup de filet anti-ETA en France

On parle déjà d’un coup de filet sans précédent. Il s’agit du «plus gros coup porté contre l’ETA en France» indique-t-on dans les milieux anti-terroristes. La police française appuyée par la Garde civile espagnole a repris les perquisitions dans le cadre de l’opération anti-ETA lancée dimanche dans sept communes des Pyrénées-Atlantiques, selon les enquêteurs. Le chef des Renseignements généraux, Pascal Mailhos, explique, pour sa part, que cette «opération est un succès» avant d’ajouter que l’ETA demeurera toujours un danger, tant qu’il restera des militants et des stocks d’armes. Quelque dix-sept personnes ont été interpellées à l’issue de l’opération qui visait l’appareil logistique de l’organisation séparatiste.
Au total, six caches d’armes, de munitions, d’explosifs avec parfois aussi de grosses sommes d’argent, ont été découvertes au Pays basque français.
Les caches renfermaient notamment du chlorate, des armes, des explosifs et des lance-roquettes, selon une source policière. Quelque 400 kg de dynamite et 300 kg de chlorate de potassium –une composante de certains mélanges explosifs–soit un total de 700 kg d’explosifs ont été découverts lors de l’opération, de même que des armes et des munitions. Un tunnel de tir qui permettrait de s’entraîner a également été trouvé sur un des sites. Trois personnes, apparemment sans lien avec l’organisation, ont été relâchées lundi dans la matinée, selon une source policière. «Nous espérions bien découvrir outre les propriétaires des caches, des membres de l’organisation. Mais l’interpellation de très hauts responsables est néanmoins une excellente surprise», commentait, lundi, Pascal Mailhos dans une interview au «Figaro».
L’arrestation de Mikel Albizu Iriarte, alias « Antza », l’un des principaux dirigeants de l’ETA, apparaît comme le coup le plus dur porté à l’organisation séparatiste armée basque depuis le démantèlement de son état-major tout entier, en 1992 à Bidart (Pyrénées-Atlantiques). Sa compagne Soledad Iparragirre Genetxea, dite «Anboto», qui faisait actuellement partie de l’appareil politique de l’ETA était recherchée par la justice espagnole depuis 1981 pour sa participation à des attentats en Espagne. Tous deux vivaient, avec leur fils, clandestinement depuis au moins plusieurs mois dans une ferme des environs de Salies-de-Béarn (Pyrénées-Atlantique) où ils ont été cueillis dimanche à l’aube.
Lors des interrogatoires, Antza et sa compagne se sont montrés calmes et sereins et n’ont fait aucune déclaration, selon une source policière citée par l’AFP.
Dans les jours qui viennent, les deux ex-clandestins vont rejoindre les 704 personnes derrière les barreaux, jugées ou accusées d’appartenance à l’organisation ou de collaboration avec elle. La juge antiterroriste Laurence Le Vert s’est rendue sur place dès dimanche matin. Il semblerait que ce coup de filet est le fruit d’une longue investigation commencée en 2000 par la Garde civile espagnole et la Direction centrale des renseignements généraux (DCRG). Pour les services concernés, l’ETA est désormais décapitée, puisque tous ses fonds de tiroir en France ont été raclés et que la grande partie des stocks a été découverte. « C’est une belle bataille gagnée dans une guerre contre le terrorisme (…) C’est une très belle opération: il y a un responsable politique, ses seize complices, et puis aussi des caches d’armes, du matériel sophistiqué », a déclaré le ministre français de la Justice Dominique Perben, cité par l’AFP. De son côté, le ministre de l’Intérieur, Dominique de Villepin, a estimé dimanche que cette opération était le résultat d’un travail extrêmement patient, un travail minutieux. Même son de cloche chez les Espagnols.
«C’est une opération d’une extrême importance, une opération qui peut être qualifiée d’historique», a déclaré dimanche le ministre espagnol de l’Intérieur José Antonio Alonso. Lundi, les personnes interpellées la veille lors de l’opération antiterroriste étaient toujours en garde-à-vue à Pau, Bayonne et Hendaye. Selon les enquêteurs, elles étaient interrogées par les hommes de la Division nationale antiterroriste (DNAT) et la Garde civile. Il est à rappeler que les caches en question étaient accessibles par l’intermédiaire d’un dispositif hydraulique finement dissimulé qui a été découvert suite à l’intervention d’un spécialiste en sismologie, équipé d’un matériel permettant de déterminer des zones creuses sous le sol.
Toujours est-il que certains spécialistes du terrorisme concèdent que d’autres caches et d’autres circuits dans l’ombre demeurent. Et si l’organisation paraît aujourd’hui affaiblie et dépourvue de militants de l’ancienne trempe, il n’en demeure pas moins que ses réseaux de financement sont encore assez puissants pour effectuer des recrutements de jeunes et les équiper.

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