Ecevit pris de vitesse

Démissionnaire du gouvernement et du parti du premier ministre, le DSP (Parti de la gauche démocratique), durant la première semaine de crise, Ismail Cem vient d’achever son premier tour de passe-passe politique.
Annonçant la création d’un nouveau parti, celui de la nouvelle Turquie, dès la mi-juillet, il était déjà parti dans une quasi-campagne électorale voilà plus d’une semaine. Et ce avant même que sa faction ne soit dotée d’un statut ou même d’un nom.
En étant élu lundi à la tête de ce parti dit de centre-gauche, Ismail Cem a pris une avance de plus sur son ancien leader Bulent Ecevit. D’autant plus que l’ancien diplomate a rallié dans ses rangs la plupart des anciens proches du chef du gouvernement, députés ou ministres démissionnaires. Parmi eux, figurent trois poids lourds de la coalition en place, l’ancien conseiller et vice-premier ministre Husamettin Ozkan, les ex-ministres de l’économie, Kemal Dervis, et de la culture, Istemihan Talay. Ce dernier, devenu secrétaire général du nouveau mouvement, a d’ailleurs déclaré lundi que «la nouvelle Turquie, ce n’est pas seulement un nom, c’est une aspiration, un but et pour tout le monde, un idéal».
L’objectif de cette formation est en effet de se présenter aux prochaines élections législatives avec un programme réformiste, indispensable pour que le pays puisse prétendre intégrer l’Union européenne. Et pour ce faire, «La nouvelle Turquie» s’est dotée de moyens adéquats. Ismail Cem, en tant que chef de la diplomatie, avait en effet joué un rôle déterminant pour que son pays obtienne en décembre 1999 le statut de candidat à l’UE, lors du sommet d’Helsinki. Entre un passage par les médias et le ministère de la culture en 1995, il avait aussi été membre de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) et de l’Assemblée de l’Union de l’Europe Occidentale (UEO) (1987-1996). Son secrétaire général Kemal Dervis avait quant à lui été l’architecte du pacte conclu avec le Fonds monétaire international pour relancer l’économie turque. Outre ses atouts internes, le nouveau parti bénéficie aussi de divisions au sein de l’actuelle coalition concernant les réformes réclamées par Bruxelles. Sa composition – le DSP de M. Ecevit, celui de l’Action nationale (MHP) et de la Mère patrie (ANAP) – est en effet loin d’être unanime sur la question, notamment le projet d’abolition de la peine de mort et celui de l’élargissement des droits de la communauté kurde.
Face à la série de défections de ses partenaires – 64 députés ce lundi –, sa perte de majorité au sein du Parlement et le soutien fragile de ses deux alliés, Bulent Ecevit a au cours de ces derniers jours multiplié les déclarations apaisantes et les rétractations.
Dimanche, brandissant le risque de voir les islamistes de AK (Justice et du Développement) vainqueurs lors du prochain scrutin, le premier ministre entendait gagner du temps en remettant en cause la tenue des élections pour novembre prochain. Et ce alors que le vice-président du groupe parlementaire du MHP, Mehmet Sandir, annonçait que sa formation, la mieux représentée à la Chambre, allait demander la tenue d’une session extraordinaire dès le 29 juillet… Pour fixer la date des élections anticipées.

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