Hamas face à ses contradictions

Hamas face à ses contradictions

Plus de port d’armes dans la rue. Cette mesure avait valu à son auteur initial, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, une sacrée volée de bois vert de la part du mouvement islamiste radical Hamas, alors dans l’opposition. Ironie du sort, le mouvement de Khaled Mechaâl vient de reprendre à son compte la même mesure. En réaction aux affrontements inter-palestiniens ayant éclaté vendredi dernier, le Premier ministre du gouvernement Hamas, Ismaël Haniyeh, vient d’ordonner l’interdiction jusqu’à toute parade militaire dans les territoires palestiniens. Motif invoqué ? « Protection », « discipline » et « loi », a-t-il martelé, sans se rendre compte, peut-être, que ce sont là des arguments invoqués précédemment par l’ex-gouvernement d’Ahmed Qoreï, ancien Premier ministre palestinien et l’un des membres influents du mouvement « Fatah ». Les temps ont-ils donc changé pour Hamas ? Une chose reste sûre : pour sa première crise interne, suscitée par de violents affrontements ayant opposé vendredi des membres du mouvement « Fatah » à des activistes des Comités de la résistance populaire (CRP), à la suite d’un attentat commis contre Abou Youssef al-Gouga, l’un des principaux chefs des CRP, le gouvernement d’Ismaël Haniyeh a plutôt mal passé le test. Ou alors comment expliquer son attitude paradoxale : cautionner ce à quoi il s’est farouchement toujours opposé : le souci sécuritaire du président Mahmoud Abbas. Mais voilà, face à ce « retournement de veste », les militants du « Fatah », mouvement du président regretté Yasser Arafat, ne comptent pas y aller avec le dos de la cuiller. Au lendemain de l’explosion des violences, des centaines de sympathisants du « Fatah » étaient descendus dans les rues de Gaza, défiant le Premier ministre Ismaël Haniyeh, qui avait ordonné, par la voix de son ministre de la Communication, aux hommes armés de « rentrer chez eux ». Reste, maintenant, à savoir si cette mesure concernera également les activistes du Hamas, qui refuse, envers et contre le monde entier, de « renoncer à la violence ». Ce mouvement pourra-t-il enjoindre son aile armée à cesser toute démonstration de force ? Ou « faire de la résistance » loin des regards des autres mouvements palestiniens rivaux ? Au-delà de cette attitude contradictoire, il y a une autre décision du gouvernement Hanieh qui laisse du moins perplexe : le gouvernement du Hamas a permis hier aux policiers palestiniens de porter la barbe, sous prétexte que c’est « un symbole de foi chez les musulmans». Pour un observateur averti, cette décision, drapée sous des considérations théologiques, cacherait un tout autre objectif inavoué : infiltrer les forces de la sécurité palestinienne pour les faire adhérer à l’idéologie islamiste du mouvement Hamas. Ce but inédit en cacherait un autre fort souhaité par le gouvernement du Hamas : garder la main haute sur le contrôle de la sécurité dans les territoires palestiniens, ce qui revient à empiéter sur l’une des attributions fondamentales du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Une manœuvre pareille avait été déjouée par des membres du Conseil législatif palestinien, lors de la rentrée parlementaire. Par cette manœuvre, des députés du Hamas voulaient dessaisir le président Mahmoud Abbas de ses prérogatives à la tête du pouvoir judiciaire.
Contestée sur le front interne, la politique du gouvernement du Hamas l’est, aussi, sur le plan international. Quoi qu’il en soit, le gouvernement de Haniyeh a réussi un pari inédit: faire l’unanimité contre lui.

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