Histoire des services : Mata Hari : histoire de «l’espionne aux seins masqués»

Née dans une famille de chapeliers aisés, Margaretha Zelle épouse à l’âge de 19 ans John Rudolf Campbell Macleod, un officier quadragénaire, qu’elle accompagne aux Indes néerlandaises, où elle met au monde deux enfants, dont l’un meurt empoisonné.
En 1903, Margaretha rentre à La Haye avec son mari.
Elle divorce et s’installe à Paris. Après quelques apparitions dans des salons privés, où celle qui se fait désormais appeler Mata Hari (Pupille de l’Aurore ou Œil du Matin) décrit l’Orient et ses mystères en faisant croire à ses auditeurs qu’elle est née en Inde du Sud, que sa mère était prêtresse dans les temples de Siva et qu’elle a été initiée à son culte et à ses danses, la Néerlandaise fait ses vrais débuts dans le monde du spectacle en mars 1905 lors d’une soirée au musée Guimet consacrée aux danses sacrées du culte de Siva. Elle y apparaît sous des voiles transparents et fascine les spectateurs par des danses orientales sensuelles et lascives qui s’achèvent par la fuite de la danseuse quasi nue.
Le spectacle est une imposture, mais le public est subjugué. Mata Hari se produit dans tout Paris et dans toute l’Europe où elle est accueillie très chaleureusement. Mais le succès est éphémère et Mata Hari plonge dans l’oubli. Peu à peu, la danseuse devient une demi-mondaine : elle multiplie les conquêtes amoureuses, surtout dans les milieux militaires, et se fait entretenir par ses amants.

Du strip-tease à l’espionnage
Lorsque la guerre éclate, elle est à Berlin où elle a un amant et un contrat de théâtre. Elle part pour Amsterdam puis s’installe à Paris. À court d’argent, déçue par la scène, Mata Hari accepte en 1916 d’entrer au service de l’Allemagne. Sa mission : multiplier les liaisons avec des officiers français dans le but de collecter des informations. Mais très vite, la nouvelle espionne, connue sous le nom de code H21, soulève des soupçons du côté français. Aussi, Georges Ladoux, chef du contre-espionnage français, la convoque à son tour et, pour s’assurer de sa collusion avec l’ennemi, lui propose également de l’engager et l’envoie en Espagne. Devenue une sorte d’agent double, Mata Hari, peu experte en la matière, multiplie les maladresses et les compromissions. En décembre 1916, plusieurs télégrammes allemands, décryptés par les services français, signent sa perte définitive. Mata Hari est arrêtée le 13 février 1917. Elle est condamnée à mort et fusillée le 15 octobre 1917.
L’histoire de cette danseuse courtisane transformée en espionne a suscité bien des controverses. Après sa mort, il fut raconté que Mata Hari, engagée par l’Allemagne dès 1905, aurait livré à celle-ci toute une série de renseignements qu’elle aurait obtenus grâce à ses nombreuses liaisons.
Elle aurait été même formée dans une école d’espionnage. Cette version des faits est contestée par la plupart des historiens qui considèrent que la Néerlandaise, amatrice dans des réseaux où n’exerçaient que des professionnels ne mesurait sans doute pas la gravité de ses actes. Manipulée d’un côté comme de l’autre, elle fut fusillée, «sacrifiée», affirment même certains, pour donner l’exemple, pour faire croire à l’opinion publique que sans les espions agissant pour le compte de l’Allemagne, la guerre serait déjà gagnée. De fait, son activité d’espionne au service de l’Allemagne fut, étant donnée son incompétence en la matière, insignifiante. L’histoire de Mata Hari a été portée à l’écran en 1932 par l’Américain George Fitzmaurice (Mata Hari, avec Greta Garbo), en 1964 par le Français Jean-Louis Richard (Mata Hari, agent H 21, avec Jeanne Moreau) et en 1985 par l’Américain Curtis Harrington.

• Préparé par Omar Dahbi

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