Humain Rights Watch épingle l’Algérie

Humain Rights Watch épingle l’Algérie

L’ONG américain Humain Rights Watch (HRW) a achevé mercredi sa visite en Algérie. La mission de l’organisation a duré deux semaines. Ces deux semaines ont été suffisantes pour que HRW arrive à un constat flagrant. Dans son rapport, l’ONG critique sévèrement le projet d’amnistie générale proposé par le président Bouteflika.
HRW a jugé que ledit projet menace clairement le droit des victimes à la vérité et à la justice. Plus encore, ce projet pourrait également compromettre la réconciliation nationale telle qu’envisagée par les autorités, ajoute l’ONG.
 «Si le gouvernement algérien veut sincèrement aboutir à une réconciliation nationale, il doit enquêter sérieusement sur les crimes atroces dont ont été victimes les Algériens, faire toute la lumière sur ces années terribles et poursuivre les responsables en justice» a déclaré Eric Goldstein, chef de la délégation de Human Rights Watch. «Les Algériens doivent connaître la vérité et ce qui a permis que de telles tueries, disparitions et tortures aient pu être commises systématiquement et sur une telle échelle», a-t-il ajouté.
Parler d’amnistie générale ne peut se faire sans établir au préalable un bilan de la loi sur la concorde civile, a déclaré de sa part Olivier Bercault, membre de la délégation de HRW.
«En 1999, il y a eu la loi sur la concorde civile, intéressante d’ailleurs. Mais aucun bilan n’a été tiré de l’application de cette loi et aucune publication de la part des pouvoirs algériens n’a été faite pour donner des statistiques, notamment sur le nombre des personnes qui ont été condamnées et le nombre des personnes qui sont passées par les comités de probation», a-t-il avancé.
Durant leur mission, les membres de la délégation de HRW avaient rencontré les familles des disparus et les victimes des violations commises durant les années sombres qu’a connues le pays. Durant toute une décennie, un grand nombre d’Algériens ont été victimes d’enlèvements par les services du sécurité ou d’assassinats perpétrés par des groupes armés. Bien que le nombre exact de victimes abattues, enlevées et présumées mortes demeure inconnu, il est cependant estimé à une dizaine de milliers. Human Rights Watch a été aussi reçue par des responsables du ministère de la Justice et par le président de la Commission étatique des droits de l’homme, nommé commission ad-hoc. Concernant cette commission, l’ONG a déclaré qu’elle n’a pas du tout apporté d’informations concrètes aux familles des 6146 cas dont la Commission déclare avoir pris connaissance. Alors que comme le stipule le premier article du Décret présidentiel portant création de la Commission ad-hoc dispose que la Commission est chargée de faire entreprendre par les autorités compétentes, toutes les recherches nécessaires pour localiser les personnes déclarées disparues et de faire procéder aux opérations d’identification des cadavres retrouvés. Jusqu’à maintenant rien de cela n’a été fait. Même le rapport de la commission qui a été rendu au président de la république en mars dernier n’a pas été publié. Monsieur Goldstein a déclaré que «la création de la Commission ad-hoc sur les disparus fut saluée comme une reconnaissance officielle du fait que des agents de l’État avaient été responsables de milliers de disparitions. Cependant, au-delà de sa création, cette institution n’a pas fait réellement avancer la cause de la vérité ni de la justice ». Human Rights Watch a aussi critiqué la justice algérienne. L’ONG affirme qu’en Algérie, la justice est loin d’être indépendante. 
«Le gouvernement algérien ne pourra pas consolider l’Etat de droit sans une justice réellement indépendante», a affirmé Eric Goldstein. L’ONG a aussi constaté un emploi abusif de la détention provisoire à des fins politiques. M. Goldstein a déclaré que la détention provisoire était la règle plutôt que l’exception dans le système judiciaire algérien.
Eric Goldstein estime la réforme de la justice, entamée par l’Algérie en 1999, va dans le bon sens dans les textes. Cependant, il a remarqué que les "pratiques du passé" n’ont pas tout à fait disparu.

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