La nouvelle Ségolène Royal est arrivée

La nouvelle Ségolène Royal est arrivée

Ségolène Royal aurait pu attendre que la fièvre électorale soit refroidie avant de formaliser sa séparation avec son compagnon, le premier secrétaire du Parti socialiste François Hollande. Elle a choisi l’ambiance électrique des fins de campagne pour mettre fin à un suspense devenu secret de Polichinelle et objet de médisance dans tous les dîners en ville. À travers un livre à paraître ce 20 juin aux éditions l’Archipel intitulé « Les coulisses d’une défaite» signé par deux journalistes de l’AFP, Christine Courcol et Thierry Masure et des interviews dont la diffusion avait été programmée au lendemain de ce second tour, Ségolène met un point final au roman à clefs de ces longues semaines de campagne électorale.
Par le choix de ce timing, le plan média de cette annonce visait à assurer un écho de résonance et une amplification maximale. Nombreux sont ceux qui font observer que la décision de rendre publique cette séparation, étant programmée pour le lendemain du second tour, le verbe net, tranchant et déterminé de Ségolène indique qu’elle pariait sur la lourde défaite du Parti socialiste. La séparation physique avec l’homme, François Hollande, et la prise de distance avec l’héritage du parti constituaient le cœur de cette grande clarification. Cette séparation «personnelle » officielle survient après des semaines de contorsions où, sans être mariés, il fallait conserver une image d’Epinal d’un couple solidaire devant les épreuves et les obstacles, lutter contre les rumeurs malveillantes, résister aux attaques des adversaires. Le « faire semblant » et les apparences forcées avaient un prix politique impossible à évaluer tant les imbrications entre le privé et le politique étaient difficiles à démêler.
Les grognements des caciques du Parti socialiste se sont fait  entendre pour dénoncer cette centralité malvenue du couple Ségolène-Hollande au sein du débat politique. Certaines insinuations, d’une colère à peine contenue, allaient jusqu’à attribuer l’échec des socialistes et leur traversée du désert à ces tribulations conjugales.  
En annonçant sa séparation avec François Hollande, Ségolène Royal affiche une volonté de se libérer d’un poids de manière simple, décontractée et politiquement opportune. Dans la démarche de vérité qu’elle a choisie et jusque dans les mots qu’elle a utilisés, elle marche sur les traces d’un Nicolas Sarkozy acculé à un exercice de vérité quand son couple avec Cécilia battait de l’aile en raison d’infidélités conjugales étalées à la Une de la presse people.  
Ségolène Royal ne cache plus ses ambitions de s’emparer du parti lors du prochain congrès socialiste qui doit avoir lieu en automne 2008 si le calendrier n’est pas bousculé. Et pour la première fois, elle le dit elle-même de manière claire dans ce livre à paraître (Les coulisses d’une défaite). Elle y exprime sa «volonté inébranlable de passer au vote, y compris sur ce qu’il y a de plus provocateur  par rapport au logiciel socialiste (…) on votera sur le projet de rénovation et, s’il est majoritaire, je serai candidate au poste de Premier secrétaire».  
Ségolène Royal compte capitaliser le score qu’elle a réalisé aux présidentielles quand, malgré tous les handicaps, elle a su créer un élan et résister à la tornade Sarkozy. Le résultat des législatives dont les sondeurs donnaient un PS moribond valide ses choix, surtout avec l’entrée à l’Assemble nationale d’une grande poignée de «Ségodéputés». L’un de ses emblèmes les plus médiatiques, l’avocat Arnaud Montebourg, résume bien leur état d’esprit : «Il y a eu le temps des éléphants, désormais révolu et dont la page se tourne définitivement. Voici maintenant le temps enthousiasmant des jeunes lions». Mais la nouvelle Ségolène Royal, plus libre, mais sans réelle  assisse au parti et donc forcement plus vulnérable devra compter avec l’ambition sans limites de deux éléphants à la trompe tranchante: Dominique Strauss Kahn et Laurent Fabius.
Les deux hommes réorganisent déjà leurs troupes pour partir à l’assaut d’un parti qui avait cédé aux sirènes séductrices de Ségolène en leur administrant une humiliante élimination aux primaires. Ce qui laisse présager que la rénovation tant invoquée, tant attendue ne se fera pas dans la joie et la bonne humeur.

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