La presse lâche Nicolas Sarkozy

«Le président qui fait pschitt» assène «le Nouvel Observateur», «Ce qui cloche» renchérit «Le Point»,  «La déception»  constate «L’Express», «La mariée était en blanc mais le président est en rouge» glousse «Le Canard Enchaîné»… les grands titres de la presse française n’ont pas de formules assez dures pour souligner le spectaculaire désamour qui touche en ce moment Nicolas  Sarkozy. Ce tournant est d’autant plus remarquable que le président français était connu pour entretenir les meilleurs relations avec les grands groupes industriels qui possèdent ces journaux au point de susciter chez ses opposants une levée de boucliers sur ses connivences coupables avec les puissances de l’argent. Le Parti socialiste n’avait-il pas glosé sur la trop proche intimité entre Nicolas Sarkozy et des hommes comme Vincent Bolloré, Arnaud Lagardère ou Serge Dassault ?
Après l’avoir adoré comme le maître absolu de la communication politique, comme le héros des temps modernes qui a réussi à dépoussiérer la fonction présidentielle de ses vieux habits engoncés et qui s’apprête à réformer en profondeur la société française, cette même presse tire à boulets rouges sur son piédestal au point de le réduire en miettes.
L’étincelle qui a mis le feu aux poudres est l’œuvre du «Nouvel Observateur», le journal de la gauche «argentée». Alors que Nicolas Sarkozy cherchait comme disent certains éditorialistes, à fermer la «séquence people» en épousant dans une discrétion inhabituelle Carla Bruni, le journal de Claude Perdriel  dégoupille une fulgurante grenade en publiant ce qu’il dit être le contenu d’un SMS envoyé par Nicolas Sarkozy à son ex-épouse  Cécilia, seulement huit jours avant son mariage à l’Elysée, dans lequel il lui écrit cette dernière supplication «Si tu reviens, j’annule tout». 
Dès la publication de cette information, Nicolas Sarkozy a vu rouge. Une riposte est organisée. Ses ministres, naguère silencieux et écrasés par son omniprésence, donnent de la voix. La violence des propos témoigne de la profondeur de la blessure et de la méchanceté de la charge. La palme d’or de cette contre-attaque est attribuée à  Rama Yade, secrétaire d’Etat chargée des Droits de l’Homme aux Affaires étrangères. Avec son verbe cru et un franc parler sans commune mesure, Rama Yade détonne : «On a l’impression de voir des charognards qui ont humé l’odeur de leur proie, qui fondent sur lui, qui s’acharnent. Je trouve que c’est une véritable chasse à l’homme (…) Il n’y a plus de retenue, plus de morale, personne ne recule devant aucune bassesse, aucun scrupule».
La réaction de Nicolas Sarkozy fut d’ordre judiciaire. Une plainte est déposée pour «faux, usage de faux et recel». Son avocat  Me Herzog reconnaît la gravité du geste : «A ma connaissance, c’est la première fois qu’un président en exercice dépose une plainte contre un organe de presse mais c’est aussi la première fois que l’on traite aussi mal un président en exercice». Reporters sans frontières avait pointé de son côté l’originalité de la démarche présidentielle : «Le chef de l’Etat poursuit sur la base du code pénal, alors qu’il aurait très bien pu engager des poursuites civiles pour atteinte à la vie privée».
En fait, depuis quelques semaines, Nicolas Sarkozy semble s’installer dans la chronique judiciaire. Son procès contre la compagnie aérienne irlandaise low cost Ryanair qui avait publié une photo de lui en compagnie de Carla, lui faisant dire «avec Ryanair, toute ma famille peut venir assister à mon mariage», montrait déjà la détermination du couple présidentiel à se protéger de ce qui était perçu comme de la calomnie et de la diffamation. Son bras de fer contre «Le Nouvel Observateur» a été interprété par beaucoup comme une volonté présidentielle de siffler la fin de la partie en verrouillant la protection de sa vie privée qu’il sait extrêmement fragile La vie avec une star people comme Carla Bruni ne sera pas un long fleuve tranquille. Cette posture risque d’avoir un prix politique important. Le raidissement de sa relation avec les journalistes au cours de la première année de son quinquennat augure des phases difficiles à traverser pour quelqu’un qui a bâti l’efficacité de son action politique sur sa capacité à la communiquer.

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