L’Asie face au terrorisme

Deux bombes ont explosé jeudi dans des commerces du centre de Zamboanga, une ville située à l’extrême sud de l’archipel des Philippines. Selon les premiers bilans donnés par une radio nationale et la police, elles ont fait entre cinq et six morts, et de 120 à 150 blessés. La première détonation a touché un grand magasin de trois étages, le Shop-O-Rama, situé au coeur d’un centre commercial. Quelques minutes plus tard, une seconde explosion – la plus violente – s’est produite dans la boutique voisine, Shopper’Central.
Tout le quartier a aussitôt été bouclé, les commerces et écoles évacués. Ce nouvel «acte terroriste» – selon les autorités locales – aurait pu tourner au véritable carnage si les sept engins explosifs retrouvés et neutralisés au même endroit, avaient eux aussi fonctionné. Qui est à l’origine de ce nouveau drame ? Si Jakarta avait aussitôt après le carnage de Bali – 186 morts et 300 blessés – accusé Al-Qaïda et un de ses groupes affiliés, la Jamaah Islamiyah, Manille est restée jeudi plus prudente. Au moins 16 personnes – dont un ressortissant turc – ont été interrogées dans la journée tandis que des témoins ont affirmé avoir vu un homme déposer un paquet devant le premier magasin visé. «Nous enquêterons sur cette affaire à fond. Nous condamnons cet acte terroriste», a pour sa part déclaré le général Narciso Abaya, commandant en chef des forces armées pour la région sud qui a déjà essuyé deux attentats du même type depuis septembre. Fait troublant, l’attaque de jeudi s’est produite au lendemain de la nomination de ce général dans la zone, où il a promis d’écraser le groupe Abu Sayyaf spécialisé dans les attaques armées et les prises d’otages étrangers. Des éléments du mouvement rebelle, récemment pourchassé par les autorités philippines aidées par un millier de GI américains, avaient déjà réussi à faire exploser une bombe dans un karaoké de Zamboanga, tuant un soldat américain et trois Philippins, et blessant une vingtaine de personnes le 2 octobre. Après le double attentat de jeudi, Abu Sayyaf fait évidemment figure de principal suspect mais les autorités ont aussi affirmé surveiller la Jamaah Islamiyah et son allié le Front Moro islamique de libération, actifs dans le sud des Philippines. Tous ces groupes combattent pour la création d’un Etat musulman dans le sud asiatique. Tous sont aussi en contact, selon Washington, avec le réseau d’Oussama Ben Laden, grâce à «des liens assez discrets pour être difficilement repérables».
Al-Qaïda disposerait, selon certains médias, de cellules en Malaisie, en Indonésie, aux Philippines mais aussi en Birmanie et en Thaïlande. L’Asie du Sud-Est aurait été choisie depuis des années par la nébuleuse pour le placement et le blanchiment d’argent. Tous les groupes extrémistes de cette région ont enfin multiplié les menaces et les actes anti-occidentaux – surtout anti-américains – depuis les attentats du 11 septembre et les premières opérations armées en Afghanistan, pays où leurs éléments sont allés suivre une «formation». En Asie du Sud-Est, plus de 200 millions sur 500 millions d’habitants sont musulmans. Ils représentent 85 % de la population indonésienne, ce qui fait de l’archipel le plus grand Etat musulman au monde.
Dans ce sous-ensemble, les islamistes locaux ont circulé librement jusqu’à ce que, au lendemain des attentats du 11 septembre, les autorités commencent à les neutraliser malgré le manque d’organisation des services de sécurité et des frontières poreuses. Sous l’oeil bienveillant – ou critique pour l’Indonésie – de Washington, les pays d’Asie du Sud-Est ont ensuite coopéré entre eux (notamment en élaborant la déclaration de l’ASEAN sur la lutte contre le terrorisme en juillet) et renforcé leurs systèmes sécuritaires.
Certains ont aussi bénéficié du soutien financier américain après la visite du secrétaire d’Etat Colin Powell dans la région au cours du même mois de juillet (50 millions de dollars avait alors été promis à Jakarta). Mais est-il aujourd’hui trop tard ? Déstabilisés par des groupes dissidents, des foyers de tensions entre communautés chrétiennes et musulmanes, ces pays ont laissé se créer des dizaines de groupes armés parfois unis, parfois ennemis. A tel point que dans l’attentat de Bali, leurs noms apparaissent au gré de l’enquête. Le chef d’un mouvement islamiste, auteur d’attaques contres des bars et des lieux de divertissement depuis deux ans, a ainsi été arrêté mercredi soir. Muhammad Rizieq Shihab, qui dirige le Front des défenseurs de l’Islam a été interpellé avec huit de ses fidèles – qui seraient au nombre de sept millions selon le FPI…

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