Le bateau «Karine A» : Le capitaine accuse

Un membre de l’Autorité palestinienne aurait dema- ndé au capitaine du bateau chargé d’armes, et saisi en Mer Rouge par Israël, de faire entrer clandestinement sa cargaison dans les territoires autonomes. C’est en tout cas ce que le principal intéressé, Omar Akkaoui, Palestinien lui aussi, a affirmé devant les caméras et la presse internationale lundi, depuis la prison de la ville d’Ashkelon où il est détenu. On connaît les méthodes musclées israéliennes… Arrêté jeudi lors de l’arraisonnement du « Karine A » dans les eaux internationales à 500 km des côtes israéliennes, le capitaine Akkaoui, mis sous les projecteurs avec la bienveillance d’Israël, a cependant ajouté qu’il ne pensait pas que de hauts dirigeants palestiniens soient impliqués dans ce trafic. Décidément très loquace, le médiatique prisonnier a fini par donner un nom, celui de son commanditaire direct, Adel Awadallah, membre, selon lui, de l’Autorité palestinienne. Le «Karine A», qui transportait quelque 50 tonnes d’armes, était en provenance du Golfe, et l’Etat hébreu accuse Yasser Arafat et ses collaborateurs, ainsi que le Hezbollah libanais soutenu par l’Iran, d’être impliqués dans le trafic censé, selon lui, alimenter en armes les Palestiniens luttant contre l’occupation israélienne. L’Autorité palestinienne a, quant à elle, immédiatement démenti tout lien avec un tel trafic, et accuse le gouvernement israélien d’avoir orchestré l’incident pour raviver les tensions. Un incident d’autant plus étrange qu’il «coïncidait» avec la visite de l’émissaire américain Anthony Zinni dans la région.
Si les responsables palestiniens n’ont pas commenté les déclarations d’Akkaoui, ils ont annoncé l’ouverture d’une enquête interne à l’issue d’une rencontre à Ramallah entre Yasser Arafat et le chef de la diplomatie européenne Javier Solana, lundi.
Yasser Arafat a alors informé la presse de sa « décision spéciale de constituer une commission d’enquête interne afin d’examiner les accusations israéliennes conce-rnant cette opération». Il a également proposé la constitution d’une commission internationale à laquelle participeraient l’Union européenne, l’ONU, les Etats-Unis et la Russie. Washington a pour sa part opté pour une attitude prudente.
« Nous ne savons pas qui a affrété le navire, ni qui était le destinataire, c’est le genre d’informations que nous recherchons », a déclaré le porte-parole du département d’Etat Richard Boucher.
Pour l’heure, l’existence du commanditaire supposé, Awadallah, n’est d’ailleurs pas confirmée officiellement. Selon le capitaine Akkaoui, qui se dit fonctionnaire du ministère palestinien des Transports, Awadallah aurait lui-même acheté le « Karine A » au Liban en vue de cette fameuse mission. Un haut responsable de la police maritime palestinienne de Ghaza a pour sa part affirmé qu’Akkaoui n’était plus en contact avec l’Autorité palestinienne depuis plus d’un an.

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