Liban : la crise politique s’accentue

Si l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais, Rafic Hariri, a renforcé le bloc anti-syrien, la guerre israélienne contre le pays du cèdre, elle, a donné un nouveau souffle au Hezbollah. La milice chiite, devenue de plus en plus influente, est montée au créneau réclamant d’être «mieux représentée» au sein du cabinet libanais. Du coup, les ministres chiites claquent la porte du gouvernement.
La démission collective de ces ministres coïncide avec l’annonce faite par le Premier ministre libanais de convoquer un Conseil des ministres extraordinaire destiné à examiner la dernière version du projet de création d’un tribunal international dans l’affaire du meurtre de Rafic Hariri. Ce coup de théâtre plonge le Liban dans une crise sous l’ombre de Damas. En tout cas, la coalition anti-syrienne en est convaincue. «Le complot secret a été révélé. Il s’agit d’un complot irano-syrien visant à renverser le pouvoir légitime, à empêcher la création d’un tribunal international et à contrecarrer la résolution 1701», affirme le courant anti-syrien dans un communiqué lu par son dirigeant, Saâd Hariri, fils de l’ancien Premier ministre assassiné. Lundi, la tension ne s’est pas apaisée.
La démission du dernier ministre pro-syrien du gouvernement du Premier ministre pro-occidental, Fouad Siniora, n’a fait que compliquer la donne. Yacoub Sarraf, ministre de l’Environnement, sixième ministre démissionnaire, est un grec orthodoxe partisan du président pro-syrien Emile Lahoud. Le président Lahoud, a d’ailleurs déclaré avant-hier que le gouvernement n’est plus légal d’un point de vue constitutionnel. La direction générale de la présidence a adressé une lettre au secrétariat général de la présidence du Conseil pour signifier que : «Le gouvernement présidé par Fouad Siniora, après la démission de ministres appartenant tous à une même communauté, n’est plus conforme à la loi fondamentale. Par conséquent, toute réunion du cabinet est désormais illégale». Et il a, par ailleurs, démenti que le Hezbollah tente d’entraver la création d’un tribunal spécial pour juger les assassins de Rafic Hariri.
Le chef de l’Etat, Emile Lahoud, prosyrien, a refusé de participer à la séance de lundi. Le professeur de droit Sami Salhab souligne que l’accord entre l’ONU et le Liban sur le tribunal est un traité. Or, la constitution libanaise donne à M. Lahoud le droit de « négocier et ratifier » les traités avec le Premier ministre. Théoriquement, le Premier ministre, Fouad Siniora, peut passer outre la fronde des ministres chiites, selon le constitutionnaliste Ibrahim Najjar. Il dispose en Conseil des ministres de la majorité des deux-tiers nécessaires à l’approbation du projet onusien.
«Mais dans une démocratie consensuelle à la libanaise, le Conseil des ministres ne peut pas gouverner sans la participation des représentants d’une des principales communautés du pays», à savoir les chiites, qui représentent le tiers de la population, souligne le politologue Ghassan Ezzé.

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