Mauritanie : vers un deuxième tour

Mauritanie : vers un deuxième tour

Après le dépouillement d’un tiers des bulletins de vote, une  tendance lourde était en train de se dégager à la mi-journée d’hier, lundi 12 mars,  dans le scrutin présidentiel qui met en compétition 19 candidats en Mauritanie.
Ainsi, comme attendu Sidi Ould Cheikh Abdellahi (SIDIOCA pour ses supporters), un indépendant issu de l’ex-majorité présidentielle,  était au coude-à-coude avec Ahmed Ould Daddah, leader du RFD (Rassemblement des forces démocratiques) et incarnation de l’opposition historique à l’ancien régime. A noter un léger avantage cependant pour le second (29, 85% sur les 132 533 voix exprimées) contre 24,76% pour son  poursuivant immédiat.
C’est en quelque sorte le face-à-face entre le poulain des conservateurs et l’étalon des réformateurs-centristes. Derrière les deux favoris, l’on n’en est pas à une surprise près. A commencer par le score inattendu de Zeidane Ould Zeidane, avec 13,31% des voix. L’ancien directeur de la Banque Centrale, soutenu par une vaste coalition tribale (la presse nouakchottoise ne s’embrasse pas de mots pour le dire), profite sûrement de son statut du plus jeune des candidats. A l’inverse, c’est la grande désillusion pour Messaoud Ould Boukheir, avec 9% des votes. Très populaire par le passé, le leader du mouvement El Hor, paie peut-être là les nombreuses désaffections intervenues dans son parti APP et sa mollesse en dehors du traitement des sujets autres que l’esclavage, son thème favori.
En revanche, Ibrahima Sarr Moktar, l’un des deux candidats négro-africains présents dans ce scrutin se hisse à la cinquième position avec 5,41% des voix, devançant l’ancien putschiste Saleh Ould Hanena du parti Hatem. De sources généralement bien informées en Mauritanie affirment même que le candidat Ibrahima Sarr était en passe de s’imposer à Nouakchott.
Une grande désillusion aussi pour le parti des cadres, celui du progressiste Mohamed Ould Maouloud qui paie le prix de l’indolence politique, avec un 2,47% loin de ses scores aux législatifs.
Pour le reste, douze candidats sont situés toujours sous la barre des 2%. Une sanction sévère notamment pour l’ancien président Mohamed Ould Khouna Ould Haidallah (1,96%), et Chbib Ould Melainine du FP (0,13%). 
Ces résultats partiels étaient établis alors que la majorité des départements de l’Assaba (Est), du Guidimakha (Sud-Ouest), du Brakna (Sud) et de l’Adrar (centre) n’avaient pas encore livré leurs résultats. C’est dire que des surprises étaient encore possibles. En attendant, les observateurs de la vie politique mauritanienne sont déjà aux pronostics. En cas de deuxième tour, le duel entre Daddah et Sidi Ould Cheikh Abdellahi sera sûrement faussé par le ralliement «naturel» de Zeidane Ould Zeidane.
Ce serait sans compter sur la possible recomposition de l’alliance des partis de l’opposition historique en faveur du  candidat de Boutilmit. Quant aux militaires du CMJD, fiers d’être entrés dans l’histoire de la démocratie africaine par la même porte que le Malien Amadou Toumani Touré, qui mit fin à la dictature de Moussa Traoré il y a quinze ans, ils ont déjà fixé le délai pour leur retour aux casernes. Dès la proclamation des résultats par le Conseil constitutionnel, le compte à rebours va commencer, a tenu à le faire savoir le président Ely Mohamed Vall, irréprochable jusque-là sur ses engagements et ses promesses.

Al Jazeera accusée de donner un coup de pouce à un candidat

Dans un pays où l’appartenance tribale est encore un paramètre essentiel dans le choix politique, les médias sont facilement taxés de partialités. Il y a quelques jours, c’est un hebdomadaire qui est accusé de jouer la carte Ahmed Daddah pour avoir installé son siège en face de celui du RFD. Aujourd’hui, c’est l’équipe d’Al Jazeera qui se retrouve au centre de la polémique, parce que, écrit la «Libre Expression», «tous les membres de l’équipe sont liés à Ahmed Daddah par des relations régionales ou tribales». Et de citer les noms et les tribus des cinq membres de l’équipe de la chaîne Qatarie à Nouakchott.

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