Périscope : Règlement de comptes

Pour une fois, les Africains ont raison de se fier à leurs vieux réflexes et de ne pas croire ce que leur racontent les politiques. Ce qui se passe en Côte d’Ivoire illustre l’ambiguïté à laquelle sont confrontés les Ivoiriens, incapables de savoir ce qui se passe exactement chez eux. S’agit-il d’un putsch manqué ou d’un règlement de compte? Les origines de la rébellion ne sont toujours pas éclaircies. Mais, pour de nombreux observateurs, il n’y a eu ni mutinerie ni coup d’Etat. Pour eux, ce qui se passe ressemble fort à un règlement de compte interne au régime ivoirien. la Côte d’Ivoire est bel et bien victime d’intérêts nationaux et étrangers qui veulent lui ravir la maîtrise de son destin.
La thèse d’une main étrangère est corroborée par des informations décrivant, des rebelles parlant anglais et venant du Libéria, et par des rumeurs concernant le Burkina Faso. Les circonstances troubles de la mort du général Gue, chassé du pouvoir, puis rallié au nouveau régime jusqu’à ce qu’il rompe cette alliance récemment, laissent perplexe. Des invraisemblances permettent de douter de la version selon laquelle il aurait été tué en se rendant à la télévision pour se proclamer chef de l’Etat : les mutins qui l’auraient liquidé n’en sont pas. Soit ils sont manipulés, soit ils agissent en service commandé.
Jusqu’à présent, leur discours reste contradictoire. Il donne l’impression de balancer entre le désir de négociation et la volonté d’en découdre. Le conflit menace de s’étendre aux voisins de la Côte d’Ivoire, eux aussi confrontés aux luttes tribales. Divisée entre un Sud catholique et animiste et un Nord à majorité musulmane, déchirée en soixante-sept ethnies, la Côte d’Ivoire présente tous les symptômes de ce mal africain, héritage des frontières coloniales. Un mal qui a fait tant de victimes depuis l’accès des populations africaines à l’indépendance.
Après trente ans de stabilité, grâce à Houphouét-Boigny, les Ivoiriens avaient échappé aux guerres tribales et confessionnelles. Mais les voilà engagés dans un engrenage de violences dont on ne voit pas la fin. La crise financière de l’Etat, la guerre dse chefs et la xénophobie ont eu raison du « modèle ivoirien ». Si ce modèle a vraiment existé, il vole aujourd’hui en éclats. La Côte d’Ivoire s’enflamme. Désormais, tout est à refaire.

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