Un gouvernement de mission

Après quelque 24 heures de tractations, la liste du nouveau gouvernement français a finalement été rendue publique mardi en fin d’après-midi. Avec 15 ministres et 12 secrétaires d’Etat et délégués, Jean-Pierre Raffarin a composé une équipe plus étoffée que prévu, et excepté François Bayrou (UDF) et Alain Madelin (DL), tous les ténors de la famille de droite ont hérité d’un portefeuille clé. En prime, des nouveaux venus issus de la société civile viennent marquer la volonté de l’Elysée d’être plus proche des citoyens. Le principal gagnant en est sans doute Nicolas Sarkozy qui, convoitant Matignon, peut se consoler du «super ministère» qu’on lui a concocté. A 47 ans, ce député RPR prend en charge l’Intérieur et la Sécurité intérieure, donc la police et la gendarmerie.
Il devient ainsi le numéro deux de Matignon, et confirme la place majeure désormais occupée par la sécurité. Les autres poids lourds de la famille chiraquienne n’ont pas non plus été oubliés. Le président de la région Pays-de-Loire, François Fillon, devient numéro trois du gouvernement en prenant la tête d’un vaste ministère des Affaires sociales, du Travail et de la Solidarité.
Dominique de Villepin, jusque-là secrétaire général de l’Elysée, a été nommé ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et de la Francophonie. Il se retrouve d’ailleurs au Quai d’Orsay en terrain familier, puisqu’il y avait servi en tant que collaborateur d’Alain Juppé entre 1993 et 1995. A retenir aussi la présence pour la première fois d’une femme à la tête de la Défense.
Une confiance accordée par MM. Chirac et Raffarin d’autant plus importante que les femmes ne sont que trois dans le nouvel exécutif, et que Michèle Alliot-Marie avait été élue à la tête du RPR en 1999 sans le soutien de Jacques Chirac. Sa nomination à la Défense est une surprise pour beaucoup, peut-être surtout pour elle-même qui se serait plutôt vue aux Affaires étrangères ou à la Justice. Ce dernier ministère revient d’ailleurs à Dominique Perben, maire RPR de Châlon-sur-Saône depuis 1983, et proche parmi les proches du clan Chirac. Toutefois, si les ténors se retrouvent aux postes stratégiques, la plupart des nommés, 21 sur 27, n’ont jamais exercé de fonctions ministérielles. Plusieurs viennent même de la société civile, à commencer par le président du groupe d’acier Arcelor, Francis Mer, au portefeuille de l’Economie et des Finances. Autre surprise, l’arrivée du philosophe Luc Ferry, à la Jeunesse et à l’Education nationale, et celle de François Lamour aux Sports. Tokia Saïfi, déléguée au Développement durable, et députée européenne d’origine algérienne, est quant à elle la seule à être issue de l’immigration.
La liste aussitôt établie, Jean-Pierre Raffarin a pour sa part présenté sa méthode de gouvernement : «action, détermination et modestie» au service des citoyens. Mardi soir, lors de sa première intervention télévisée, il a précisé que « la première des mesures, ça va être de travailler à la mise en route d’un audit » concernant les finances de l’Etat . Car M. Raffarin veut « y voir clair, pour savoir exactement quelles sont les possibilités d’action ». Le premier rendez-vous est fixé vendredi matin, en Conseil des ministres.

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