Une justice «presque» internationale

Luis Moreno-Ocampo est devenu le premier procureur de la Cour pénale internationale lundi à La Haye, donnant par là-même le coup d’envoi de ce tribunal permanent habilité à juger les plus hauts crimes. Le juriste argentin a été élu en avril dernier par les 78 Etats ayant ratifié le traité de Rome, texte fondateur de la CPI. Cet homme, qui s’est déjà illustré en 1985 lors du procès de la junte militaire argentine, découle d’une volonté d’équilibre entre les traditions latines et anglo-saxonnes. Il a cependant été nommé à la tête d’un organisme qui est même loin de faire l’unanimité entre les continents.
Les Etats-Unis, qui craignent que la CPI prenne une orientation politique, y sont les plus réticents avec la Chine et la Russie. La semaine dernière, ils ont une nouvelle fois obtenu du Conseil de sécurité de l’ONU que leurs militaires soient exemptés de cette juridiction, malgré l’abstention de la France, l’Allemagne et de la Syrie. Peu avant le vote, Washington avait même mis en garde l’Europe contre toute opposition qui aurait été perçue comme une atteinte aux relations transatlantiques….
Depuis leur retrait l’an dernier du traité de Rome, sur décision de George W. Bush, les Etats-Unis ont multiplié les accords bilatéraux afin de protéger leurs ressortissants de toute comparution devant un tribunal étranger. Actuellement, aucun Américain ne peut donc être inquiété par la CPI, chargée de traiter les crimes de guerre, crimes contre l’humanité, les génocides et autres violations des droits de l’Homme commis après le 1er juillet 2002. La CPI ne peut toutefois intervenir que lorsque les pays concernés ne veulent ou ne peuvent rendre eux-mêmes justice. Autant dire que la crédibilité de cette Cour ne pourra être évaluée qu’au moment des procès, lesquels ne devraient pas commencer avant un an malgré les 400 plaintes jusque-là déposées.

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