Vous avez dit antiaméricain !

Vous avez dit antiaméricain !

Il a suffi que l’ambassade américaine à Alger lance un étonnant avertissement avec de troublants détails : «Selon des informations non confirmées, des attentats pourraient être planifiés à Alger le 14 avril dans des zones pouvant inclure, entre autres, la Grande Poste (centre-ville), et le siège de l’ENTV (télévision publique) sur le boulevard des Martyrs, sur les hauteurs de la ville», que les deux frères Maha actionnent leur ceinture d’explosifs près du consulat général des Etats-Unis et d’un centre de langue américain à Casablanca, pour que le monde de l’analyse politique et sécuritaire des deux rives de la Méditerranée s’enflamme autour de la piste américaine désignée comme motivation principale de toute cette poussée de fièvre terroriste qui vient de parcourir les pays du Maghreb.
En fait, pendant les longues journées qui ont suivi les attentats d’Alger et l’explosion des kamikazes de Casablanca, la grille de lecture qui dominait ces cercles ne parvenait pas à secréter une cohérence logique : quels rapports entre les explosions qui ont visé le siège de gouvernement et un quartier près de l’aéroport d’Alger et des suicides à la ceinture explosive de jeunes issus des bidonvilles de Casablanca ? Même si le ministère de l’Intérieur marocain, se basant sur l’enquête de terrain et des éléments concrets fruits de sa longue traque des cellules terroristes, s’est échiné à démentir l’existence de tout lien structurel entre les deux agissements, pour les observateurs affutés du phénomène terroriste, le «timing», le facteur temps, imposait indéniablement un lien dont sont exclus le hasard et la coïncidence.
Sur le sujet, deux écoles d’approches et d’analyses orientent la réflexion. Elles reflètent par la même occasion la «césure» qui semble marquer les spécialistes du monde du renseignement et de la traque antiterroriste en Europe. La première estime que les attentats d’Alger qui ont visé les symboles ultraprotégés du pouvoir algérien, ne sont que la poursuite, sous une forme nouvelle d’une lutte de pouvoir au sein de l’appareil d’Etat algérien accentuée par les perspectives d’une succession ouverte de l’ensemble des dirigeants politiques et militaires et dont la guerre civile n’a été qu’un épisode non achevé. Elle rend compte de la démarche suicidaire de ces jeunes de Casablanca comme d’un phénomène de rébellion et de malaise sociétal qui n’a trouvé d’autres manières d’expression et d’appel au secours que dans cette violence autodestructrice extrême. Cette école rend, par extension de raisonnement et de déduction, les Etats et les élites de la région responsables de cette «faillite», l’un par népotisme et verrouillage de l’espace politique, l’autre par défaillance sociale.
La seconde école lance une approche totalement différente. Elle présente les pays du Maghreb comme un espace-victime des dommages collatéraux de la guerre américaine contre le terrorisme. En effet, après avoir traqué et détruit ses bases opérationnelles en Afghanistan, au Pakistan et dans les pays du Golfe, le réseau Al Qaïda a replié ses forces sur la région du Maghreb qui présente le stratégique avantage d’être un trait d’union entre l’Europe et l’Afrique. Dans cette logique, le Maghreb serait une rampe de lancement pour frapper les intérêts américains dans la région et en Europe. Cette école, aux relents atlantistes très forts, est régulièrement accusée par ses détracteurs d’amplifier et d’exagérer le rôle d’Al Qaïda pour assouvir d’autres ambitions politiques que la simple lutte contre la terreur.
Les attentats d’Alger et les kamikazes de Casablanca remettront certainement au goût du jour la création prévue pour septembre 2008 de l’AFRICOM, un commandement unifié des forces américaines en Afrique chargé de démanteler et de détruire les structures accusées de se livrer au terrorisme en Afrique. Il s’inscrira dans le sillage et l’esprit de la «Pan Sahel initiative» lancée après le 11 septembre 2001 rebaptisé e«Trans-Sahara conter terrorisme initiative» en 2006. L’Administration Bush avait déjà tenté de convaincre les pays de la région de se joindre au «commandement Maghreb / Sahel» de cette architecture. Le fracassant refus opposé par Alger à cette adhésion résistera-t-il longtemps à la nouvelle situation créée par l’attentats meurtrier contre le Palais du gouvernement ?

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