PJD : Un parti qui se dit du juste milieu

Pour se donner cette légitimité historique qui fait défaut à la majorité des partis politiques, le PJD veut faire remonter sa création au milieu des années 60. C’est du moins ainsi que ses militants aiment le présenter. «La création du parti remonte aux années 60, quand le Dr Abdelkarim El Khatib s’est opposé à la déclaration de l’état d’exception, et annonça la constitution du Mouvement populaire, démocratique et constitutionnel». C’est en ces termes que la littérature officielle du parti aborde sa naissance. Et cela, en se donnant, une étiquette de parti d’opposition de longue date. Néanmoins l’Histoire nous dit que le MPDC a sombré dans l’oubli pendant 30 ans, jusqu’à son noyautage, au milieu des années 90, par le Mouvement pour la réforme et le renouveau (MRR) d’Abdelilah Benkirane, ancien professeur de physique et dissident du mouvement de la «jeunesse islamiste» de Abdelkarim Moutiâ. Le même Moutiâ, ex-inspecteur de l’enseignement primaire, qui est soupçonné d’avoir commandité l’assassinat du socialiste Omar Benjelloune.
Les prémices de la naissance du Parti de la justice et du développement, dans sa forme accomplie, remontent donc au milieu des années 90. En 1990, Abdelilah Benkirane, Abdellah Baha, Mohamed El Yatim et Saâd Eddine El Othmani, anciens militants de la «Chabiba islamia» décident de fonder un nouveau mouvement, le MRR, qui tranche avec le caractère violent de la Chabiba et prône un islam politique modéré. Le mouvement va néanmoins commencer par faire sa place surtout dans le milieu universitaire à coût de gourdin de batailles rangées.
Six années après sa création, il flirte avec une autre association islamiste présidée par le théologien et également ancien militant de la Chabiba islamia, Ahmed Raissouni. Les deux associations ont fini par fusionner et former une nouvelle entité, le «Mouvement unification et réforme» (MUR), véritable matrice de l’actuel PJD.
En juin de la même année, c’est-à-dire en 1996, à un peu plus d’une année des élections de septembre 1997, le MUR réalise une OPA sur le MPDC qui a vécu, depuis sa scission avec le MP, dans une longue léthargie.
Pour commenter cette phase de son histoire, la littérature du PJD précisera que «le parti (NDLR, le MPDC) s’ouvre sur des composantes de la mouvance islamique, y insufflant une nouvelle dynamique». La nouvelle «dynamique» ne s’est pas faite attendre, fort des 9 députés pendant la législature de 1997 et 42 lors dans l’actuelle, le parti sous l’influence d’un MUD au référentiel rétrograde a commencé à se radicaliser. Le discours de ses ténors, Mustapha Ramid, Ahmed Raissouni ou encore Al Mouqrie Abou Zaid frôle l’intégrisme alors qu’un certain Saâd Eddine El Othmani, futur secrétaire général du parti porté à ce poste en avril 2004, et Abdelilah Benkirane ou encore Abdallah Baha et Lahcen Daoudi tentent de tempérer les ardeurs des plus rétrogrades. Et ce, en adoptant une ligne de conduite modérée.
La bataille politique menée contre le « plan d’intégration de la femme » et la fameuse marche de Casablanca ont encouragé le parti à camper sur ses positions. Toutefois, les tragiques attentats de Casablanca ont fini par changer la donne. Le parti adopte un discours modéré et n’hésite pas à se comparer aux démocraties chrétiennes de l’Europe occidentale. Les dirigeants du PJD expliquent à ceux qui veulent bien les entendre que le PJD croit en le jeu démocratique tout en agissant dans le cadre d’un référentiel islamique. Les positions de certains de ses dirigeants, relayées par le quotidien « Attajdid » dont le parti ne veut toujours pas reconnaître la filiation, contrastent avec cette image que le PJD tente de faire sienne. Et son discours global reste toujours ambigu. Il dit œuvrer pour que «les valeurs islamiques soient le cadre des choix de son projet de société et de ses programmes», mais affirme ne pas se considérer pour autant comme «mandataire ou porte-parole de l’Islam». Ce que les multiples sorties médiatiques et les prises de positions de certains de ses dirigeants contredisent. Tout en se disant démocrate, ouvert et tolérant, le PJD ne cache pas son intention de «rétablir la religion au cœur de la société». Certains de ces militants n’hésitent pas non plus à manifester leur attachement à l’idée de l’instauration d’un Etat islamique au Maroc.

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