Projet de création d’un centre d’études et de recherches: Et si on re «nationalisait» le salafisme ?

Projet de création d’un centre d’études et de recherches: Et si on re «nationalisait» le salafisme ?

Abdelouahab Rafiki est à la tête d’un groupe de salafistes qui ont, auparavant, rallié le PRV de Mohamed Khalidi, mais ont fini par s’y retrouver à l’étroit. Ils ont donc frappé à la porte de l’Istiqlal qui leur a offert, en prime, la possibilité d’accéder au Parlement. En ce sens, il a même été désigné comme dauphin de Hamid Chabat à Fès.

Depuis quelques mois, l’ancien détenu salafiste adoubé par l’Istiqlal planche sur un projet de centre des études et de recherches sur le salafisme. L’objectif est de refaire découvrir à nos salafistes, voire les faire reconvertir, au salafisme national.

C’est juste une ligne dans un programme électoral, celui du parti de l’Istiqlal, qui compte des dizaines de pages, mais elle est fort significative. «C’est plus qu’une promesse électorale, c’est un projet ambitieux qui est actuellement en cours», affirme une source de l’Istiqlal. Concrètement, le parti promet la création d’un «Institut pour la pensée islamique». Une institution dont l’objectif est d’assurer une «formation scientifique modérée mais également encyclopédique dispensée en plusieurs langues». L’institution sera ouverte aux étudiants issus de différentes branches scientifiques et littéraires. Bien sûr, le projet en lui-même date de bien avant les élections et son avenir ne dépendra pas des résultats des élections. Cependant, au lieu d’Institut que le parti promet de mettre en place une fois porté aux affaires publiques qui nécessite quand même des fonds (corps enseignant, encadrement administratif…), le projet a d’abord pris la forme d’un centre d’études et de recherches sur le salafisme. Mais, au delà d’un simple centre de formation, un forum de pensée ou même un «think tank», c’est un véritable projet dont l’ambition est la reconversion des salafistes. Il ne s’agit nullement d’éradiquer ce mouvement, mais de le «nationaliser». En des termes plus simples, reconvertir les salafistes wahhabites qui se déclarent d’Ibn Taimya et Mohamed Ibn Abdelwahab en salafistes marocains qui se réclament du rite malékite. En même temps, c’est aussi un moyen pour sensibiliser les citoyens aux dangers que ces idées radicales et cette version intégriste et totalement déviée de la religion représentent pour la société. Tout un chantier, en fait. Et comme entrée en matière, deux colloques ont déjà été organisés, l’un à Fès sur le salafisme et l’autre, à Rabat, sur le «salafisme entre l’Orient et l’Occident musulmans». Tout cela bien avant cette période électorale.

Derrière ce projet se trouve un homme : Mohamed Abdelouahab Rafiki, également connu sous l’alias Abou Hafs, un sobriquet à forte connotation intégriste avec lequel, soit dit en passant, il tient de plus en plus à garder ses distances. Ancien détenu islamiste, il a profité de ses neufs ans de réclusion pour opérer de grandes révisions idéologiques. Des révisions inattendues de ce lauréat de l’Université islamique Mohamed Ibn Saoud, principal incubateur du salafisme wahhabite et pourvoyeur en chioukhs de même obédience, des imams rigoristes qui officient dans les mosquées et des prédicateurs radicaux qui s’activent dans les associations de prédication à travers le monde.

M. Rafiki, même s’il en est la cheville ouvrière, n’est pas le seul à s’occuper de ce projet. Il est à la tête d’un groupe de salafistes qui ont, auparavant, rallié le PRV de Mohamed Khalidi, mais ont fini par s’y retrouver à l’étroit. Ils ont donc frappé à la porte de l’Istiqlal qui leur a offert, en prime, la possibilité d’accéder au Parlement. En ce sens, Abdelouahab Rafiki a même été désigné comme dauphin de Hamid Chabat à Fès alors qu’un autre membre de ce projet, Hicham Temsamani Jad, conduit la liste électorale de l’Istiqlal à Tanger.

Pour comprendre cette initiative, laisse entendre l’intéressé, il faut revenir à ces années de prison. A cette époque, explique Rafiki, «les salafistes étaient divisés en trois tendances et c’est toujours le cas d’ailleurs. Un courant qui a décidé, de son propre gré, de revoir radicalement ses convictions et ses idées. Il s’est fait connaître par ses multiples plates-formes idéologiques, ses projets de révision qui ont presque tous été relayés par la presse. Un deuxième courant était farouchement opposé à cette démarche. Ses membres sont restés fermés à tout appel à la raison et certains d’entre eux, une fois libérés, se sont même débrouillés pour se retrouver sur les champs de bataille en Syrie ou en Libye. Un troisième courant était resté indécis». Ce clivage se retrouve d’une manière ou d’une autre dans cette mouvance également dans la société. L’initiative de Rafiki et ses amis vise ceux, et ils sont nombreux, qui ont décidé de faire des révisions idéologiques, dont ceux qui ont fait le pas de tâter le terrain politique, et surtout ceux qui sont restés indécis. Une initiative qui sonne comme une véritable leçon pour certains partis qui ne voient en les salafistes que leurs voix d’électeurs et leur supposé poids électoral si ce n’est, ce qui est encore plus grave, un moyen pour faire pression sur l’Etat ou même du chantage. Le cas de Hamad El Kabbaj, présenté comme candidat tête de liste à Marrakech, en est un exemple frappant. Pour le commun des Marocains, entre le salafisme éclairé d’Allal El Fassi, de Belarbi El Alaoui et de Mokhtar Soussi et entre le salafisme intégriste dévié, le choix s’impose de lui-même. 

Par:  Tahar Abou El Farah

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