Égypte : À Charm el-Cheikh, Moubarak tombe dans l’indifférence

Égypte : À Charm el-Cheikh, Moubarak tombe dans l’indifférence

Dans la station balnéaire du Sinaï où Hosni Moubarak recevait autrefois les puissants du monde, le président déchu, invisible, sombre peu à peu dans l’indifférence de la population. Le barrage le long de l’avenue bordée de palmiers menant à sa résidence de Charm el-Cheikh, où le gouvernement assure qu’il vit reclus depuis sa démission, est toujours gardé par des policiers en civil, prompts à interdire tout accès. Comme au temps de sa gloire, la route de l’aéroport est ornée de son portrait, et un monument le représente en compagnie des dirigeants du monde, dont l’ex-président américain Bill Clinton, l’Israélien Shimon Pérès ou l’ancien leader palestinien Yasser Arafat. La ville a abrité de nombreuses conférences sur la paix au Moyen-Orient, qui, même si elles n’ont pas débouché sur des percées politiques, ont largement contribué à l’image de «vieux sage» de M. Moubarak sur la scène internationale. Mais aujourd’hui le sort de l’ancien raïs n’émeut pas grand monde dans cette grosse station de la mer Rouge, entre les montagnes du Sinaï et des eaux coralliennes de la mer Rouge. «C’était un homme bien, mais il n’avait aucune sensibilité pour le peuple. Il passait son temps à rencontrer des gens venus d’en dehors de l’Égypte, mais jamais les gens comme nous», affirme Hicham Abbas, 28 ans, un moniteur de plongée. A Charm el-Cheikh, où il faisait des séjours prolongés, «il était à la fois proche et lointain», ajoute-t-il. Face aux rumeurs selon lesquelles ils serait à l’étranger, le Premier ministre Ahmad Chafic a assuré que l’ancien président, 82 ans, qui a juré de mourir sur la terre d’Egypte, était bien à Charm el-Cheikh. Mais faute d’être visible, la ville bruisse de toutes sortes de rumeurs à son sujet: il serait inconscient, en grève de la faim, à la recherche d’un hôpital pour l’accueillir en Allemagne ou dans les Emirats… Son épouse Suzanne et ses deux fils Alaa et Gamal seraient aussi avec lui, tout aussi invisibles. «Le chef de la police dit qu’il est dans le coma, mais je ne sais pas si c’est vrai. Il faudrait le voir par soi même. Après tout, il est un citoyen ordinaire maintenant», affirme Hassan Hussein, un bédouin qui travaille comme chauffeur de taxi. Cette station en pleine expansion qui accueille chaque année près de 4 millions de touristes n’échappe pas aux maux du reste du pays. Charm el-Cheikh n’a pas connu les manifestations monstres qui ont secoué le pays pendant plus de deux semaines, de peur de faire partir les vacanciers, qui ont malgré cela déjà largement déserté les plages. Mais la frustration engendrée par le pouvoir de M. Moubarak reste la même. Pour Hicham Abbas, nombre de jeunes qui travaillent à Charm rêvent de séduire une touriste pour pouvoir quitter le pays. «C’est un paradis, mais ils pensent qu’il faut partir pour avoir une meilleure vie», assure-t-il. Hosni Moubarak «a fait beaucoup pour les investisseurs, mais pas pour les gens qui vont travailler tous les jours», assure quant à lui Hassan Hussein. «Moubarak a fait quelques bonnes choses, mais son dernier gouvernement a ruiné le pays», affirme Ahmed, 30 ans, un marchand de souvenirs, en refusant de donner son nom par crainte que cela puisse avoir des conséquences malgré la chute du raïs. Comme le reste du Sinaï, Charm el-Cheikh a été rendue en 1982 à l’Égypte par Israël après les accords de paix de 1979. La ville s’est vu attribuer par l’Unesco en 2002 le titre de «Ville pour la paix», ainsi que quatre autres villes dans le monde.

  Joseph Krauss (AFP)

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