La recette de Said Mouline: Comment économiser 300 milliards de dollars en 15 ans ?

La recette de Said Mouline: Comment économiser 300 milliards de dollars en 15 ans ?

«Il faut s’y prendre à la norvégienne et non à l’algérienne». C’est en ces termes que Said Mouline, directeur  général  de  l’Agence  marocaine  pour le développement  des  énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (ADEREE), résume son approche en matière d’efficacité énergétique. Selon lui, les subventions des énergies fossiles par l’Etat engendrent souvent du gaspillage et la création d’une taxe sur cette consommation ne fera pas de mal.

Parallèlement à cela, Mouline propose des solutions qui, si prises en considération, allègeraient la facture énergétique du Royaume d’environ 300 milliards de dirhams sur les quinze années à venir. Quelles sont les niches à exploiter et celles à écarter ? Eclairage.
Le monde est en pleine transition énergétique. Les combustibles fossiles étant de plus en plus rares et donc en constante augmentation des prix, les regards s’en détournent pour s’intéresser aux énergies renouvelables. En 2013 par exemple et pour la première fois pour l’Union européenne l’essentielle source d’électricité était, justement les renouvelables.

Qu’il s’agisse de l’hydraulique, de l’éolien, du solaire ou de la biomasse, ces ressources permettent une économie d’échelle et le Maroc n’en est pas moins concerné.
La facture énergétique du pays accuse une augmentation qui, bien que normale vu le contexte géopolitique actuel, demeure lourde pour l’économie nationale. Cette facture annuelle en énergie a doublé en cinq ans en passant de 50 milliards de dirhams à pas moins de 100 milliards de dirhams.

Il faut dire que cette tendance haussière est loin de connaître un essoufflement sur les années à venir. Selon Said Mouline, «si l’on considère que les produits énergétiques n’observent pas de hausse de prix en 15 ans, ce qui ne sera pas le cas bien évidemment, les dépenses énergétiques du Maroc auront un coût de 1.500 milliards DH».

Comment réduire cette facture? La solution pour l’ADEREE serait de capitaliser sur l’efficacité énergétique en engageant des investissements de 26 milliards de dirhams sur une durée de 15 années. Bien entendu, une efficacité énergétique a un coût mais, selon Mouline toujours, ce coût permettra une économie de 300 milliards de dirhams. Pour en toucher le résultat, il faut que l’Etat adopte une politique volontariste,  qu’un réel investissement dans l’accompagnement des entreprises soit fait et que les comportements de consommation changent.

Ce dernier point serait sans doute le point le plus difficile à atteindre. L’un des secteurs les plus gourmands en consommation d’énergie serait celui de l’automobile. Un véhicule au Maroc consomme en moyenne 50%  de plus qu’un autre en Europe. «Qu’un pays aussi dépendant que le nôtre puisse se permettre de continuer sur ce rythme est juste impossible. C’est une aberration», s’alarme Saïd Mouline. Afin de pallier cela, il faudrait en dehors d’une sensibilisation à la consommation adopter une politique de prime à la casse afin de renouveler le parc automobile marocain de façon à ce que ceux qui n’ont pas les moyens de s’acheter des voitures aux normes écologiques puissent le faire.

Une surconsommation des énergies fossiles au Maroc revient essentiellement au fait qu’elles soient subventionnées par l’Etat. Ce qui n’est pas le cas des énergies renouvelables. Il est à noter toutefois que ceci n’est pas spécifique au Maroc.

Aucun Etat dans le monde ne subventionne les énergies renouvelables. Selon l’ADEREE, cette subvention est souvent synonyme de gaspillage surtout chez les gros industriels

. «Une petite taxe sur l’énergie a un sens. Cela permettra de réduire la consommation au même titre qu’un alignement des prix de ces produits sur leur vraie valeur», souligne Mouline au risque de susciter la colère des industriels qu’il appelle par la même occasion à investir, puisque la législation le permet, dans la production de leur propre énergie renouvelable. L’avantage lors des investissements dans ces énergies est que, contrairement aux énergies conventionnelles, le prix des renouvelables ne connaîtra aucune variation sur les 20 prochaines années.

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