Décryptage : dernier tempo à Madrid

José Luis Rodriguez Zapatero, le chef du gouvernement espagnole, vient de procéder à un remaniement important au sein de son gouvernement. Le mouvement opéré au sein de l’exécutif espagnol concerne plusieurs postes ministériels mais deux décisions majeures seulement peuvent être relevées dans ce remaniement : la sortie de Miguel Angel Moratinos et Maria Teresa de La Vega, et le renforcement de la position d’Alfredo Perez Rubalcaba et de Trinidad Jimenez. Miguel Angel Moratinos quitte donc son poste de ministre des Affaires étrangères et de la Coopération après avoir dirigé ce département pendant six ans. Durant cette période, il s’est consacré pleinement à la reconstruction de la politique étrangère espagnole. Le gouvernement socialiste ayant hérité d’une Espagne alignée sur la politique adoptée par l’ancien président américain George W. Bush, M. Moratinos s’est attelé à recadrer l’orientation de l’action diplomatique de son pays vers le rôle qui doit être le sien, à savoir mettre la sympathie dont l’Espagne bénéficie dans le monde arabe, ses partenariats euro-méditerranéens et son influence latino-américaine, au service des bonnes causes internationales. Au bout de six ans, il a réussi sur plusieurs chantiers et il a échoué sur d’autres, mais la région euro-méditerranéenne lui doit quand même le fait qu’il ait réussi à baisser remarquablement la tension autour de plusieurs dossiers chauds. Il passe le relais à Trinidad Jimenez, la femme qui était chargée de la politique étrangère au sein du PSOE du temps où il était dans l’opposition. Le poste de chef de diplomatie lui revenait de plein droit à l’arrivée du parti au gouvernement en 2004, mais elle ne pouvait pas postuler au poste face à un gros calibre de la politique étrangère comme Moratinos. Elle a dû attendre. Aujourd’hui, Zapatero agit comme un entraîneur de football qui, à l’approche de la fin d’un match dont les jeux sont faits, accorde une chance à ses joueurs de réserve. Maria Teresa de La Vega, vice-présidente, quitte le gouvernement pour siéger au Conseil de l’Etat. Une retraite bien méritée pour une femme qui a su, habilement, agir en amont pour imposer un rythme serein et sage à un président de gouvernement intelligent et très compétent mais qui manquait d’expérience. Durant les premières années, elle l’a pleinement aidé à tempérer ses ardeurs de jeune politicien enthousiaste et désireux de révolutionner l’action gouvernementale de son pays. Elle cède son poste au spécialiste de la gestion des situations de crise. Alfredo Perez Rubalcaba devient le numéro deux du gouvernement tout en gardant le portefeuille de ministre de l’Intérieur. Zapatero le prépare ainsi à prendre le relais du parti en 2012 si le PSOE quitte le gouvernement, ce qui est très probable vu la chute continue de la popularité du parti dans les sondages. Intervenant à près de dix-huit mois des prochaines législatives, il est clair que le remaniement opéré par ZP – comme l’appellent ses proches – est une sorte de dernier tempo d’une belle symphonie qui approche, malheureusement, de sa fin.

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