100% Jamal Berraoui : Contre la peine de mort

100% Jamal Berraoui : Contre la peine de mort

Ces dernières semaines, les tribunaux ont prononcé par trois fois des condamnations à la peine capitale, dans des procès pour meurtres. L’on sait qu’au Maroc, aucun condamné n’a été exécuté depuis le commissaire Tabet, qui avait eu droit à une parodie de justice, suivie d’une exécution précipitée.
Aujourd’hui, beaucoup de voix s’élèvent pour réclamer l’abolition de la peine de mort. En face, les résistances sont nombreuses. C’était le cas en France en 1981 et Mitterrand avait construit sa stature d’homme d’Etat sur cette abolition impopulaire à l’époque.
En fait, la question de la peine de mort est un sujet sérieux. Tout individu confronté à la barbarie de certains crimes peut vaciller sur le sujet. Les pédophiles, les terroristes, les parricides suscitent rarement la compassion. En ces termes, le débat ne peut que s’enliser. La question, l’unique, est celle de savoir si la société peut être aussi barbare qu’un individu, généralement pervers ? Le droit à la vie est le premier des droits humains, il est consubstantiel à la condition humaine et ne se perd pas par des agissements aussi cruels soient-ils. C’est cette vision qui a poussé les démocraties européennes à abolir la peine de mort et non pas une quelconque permissivité naïve.
De la même manière que cette conception s’est heurtée à la tradition judéo-chrétienne en Europe, elle se heurte aujourd’hui aux préceptes religieux. Le «Kassas» n’étant rien d’autre que la loi du talion. Chez nous, l’opposition habille cette conception par le droit des victimes et des leurs à une vengeance assurée par l’Etat. Cette conception de la justice est culturellement enracinée, au-delà de l’effet religieux. Sans aucune nuance, le Marocain attend de la Justice qu’elle le venge. Ce conservatisme-là a été battu ailleurs, parce qu’il a été combattu par le débat et par le courage politique d’élus qui ont su, le moment venu, forcer la décision sans suivre la vox populi. Aujourd’hui, même après des crimes sordides ou des attentats, les sondages en Europe ne donnent qu’une infime minorité en faveur du rétablissement de la peine de mort. L’extrême droite préconise son rétablissement pour «certains cas précis». C’est dire si la question est tranchée dans ces sociétés. Au Maroc, ce sont des militants des droits de l’Homme et des officiels qui avancent par petites touches. Manifestement, la volonté d’abolir existe. La tentation de régler ça entre élites bien pensantes est tout aussi manifeste. Cela constituerait une erreur magistrale. L’abolition de la peine de mort est une question sociale. Elle n’est pas seulement d’ordre législatif ou, pire, une image positive à envoyer à l’étranger. L’abolition ne peut se concevoir sans véritable débat, le plus large possible au risque de servir les obscurantistes. Le plan d’intégration de la femme est là pour rappeler qu’on ne modernise pas une société par dol.
Mal relayée, l’abolition peut servir de volet de mobilisation aux intégristes et nous obliger encore une fois à nous retourner vers l’aura de l’institution monarchique pour sauver la mise.
Pour l’abolition ? Mille fois oui, mais en enclenchant une campagne de sensibilisation la plus large possible qui ne se limiterait pas à prêcher les convaincus. Toute autre voie est périlleuse.

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