100% Jamal Berraoui : Herzeni, l’homme blessé

100% Jamal Berraoui : Herzeni, l’homme blessé

Le ton est acerbe, les qualificatifs durs, souvent relevant de l’insulte, la lettre de Herzeni, publiée par «l’Ittihad Al Ichtiraqui», a déconcerté plus d’un, en particulier ses amis, à qui j’ai la prétention d’appartenir. Car ceux qui connaissent l’homme savent qu’il ne fait jamais dans la vulgarité, qu’il n’est plus du tout sectaire et qu’il a un immense respect des opinions des autres. Qu’est-ce qui se passe alors ? La sortie de Herzeni ne doit pas être mise sur le compte de son humeur, ce n’est surtout pas un épiphénomène, c’est l’expression du niveau auquel l’extrême-gauche et la presse nihiliste nous ont amenés. Ahmed Herzeni n’est dans aucune structure «gratifiante», il n’a pas perçu un seul centime de dédommagement pour ses 18 ans de prison, il ne court pas les colloques ni les soirées où les convives attendent les puissants. Il a cependant des convictions. Il pense que le nouveau règne est une chance pour le Maroc, que malgré les défaillances qu’il est le premier à dénoncer, il est dans l’intérêt de la Nation que tous les démocrates poussent dans le même sens pour que le Maroc ne rate pas une nouvelle opportunité. Il est beaucoup plus talentueux que moi, il expose donc ses idées avec beaucoup plus de clarté. Invité à témoigner devant l’IER, il a répété cela en ajoutant que lui-même n’était pas démocrate dans les années 60 et 70, qu’il ne ressentait pas de haine et qu’il évaluait les années de plomb sans manichéisme.
Ç’en était trop pour ses détracteurs. Se sont-ils attaqués à la thèse ? Non, ils ont préféré lâchement faire un mauvais procès à l’homme. Ainsi, il serait devenu Makhzénien, pion de Fouad Ali El Himma (qui, comme on le sait, passe ses journées à comploter contre une extrême-gauche quasi inexistante), surtout motivé par une inavouable volonté d’ascension sociale, un opportunisme d’autant plus criminel qu’il passerait sur la mémoire des martyrs. Rien de moins !
Derrière ce torrent dégoûtant de haine, il n’y a pas une seule idée. Or, c’est l’attitude générale de l’extrême-gauche et de la presse nihiliste. Les ex-maoïstes confirment leur stalinisme dégénéré. Tous ceux qui ne partagent pas leurs analyses sont nécessairement des vendus au régime makhzénien, aux ordres attirés par les faveurs, sont des qualificatifs servis quotidiennement à tous ceux qui croient en la possibilité de faire aboutir la transition. Eux n’y croient pas, c’est leur droit le plus strict. Quand ils disent que rien n’a changé, ils font preuve d’aveuglement mais nul ne peut songer à leur dénier ce droit. A condition qu’ils ne décrètent pas que ceux qui pensent que le champ des libertés s’est élargi, la gouvernance s’est améliorée, sont nécessairement de fieffés menteurs à la solde des sécuritaires. Le drame est qu’ils n’ont rien de «purs». Pour cette fois, je ne donnerai pas les noms, mais ils se reconnaîtront. Certains ont vu  leur carrière reconstituée à leur sortie de prison, ou pire à leur retour de France où ils ont correctement vécu. Ils ont touché un pactole puis ont eu un détachement syndical, ils ont touché l’indemnité du CCDH, puis ont profité du DVD. Ceux-là, qui se sont gavés non pas de l’argent des palais mais de celui du peuple marocain, sont les plus arrogants. Ce sont sûrement ceux-là que Herzeni visait,  en plus des loques humaines qui, à Casa et à Rabat, sont interdites des lieux publics, car mauvais payeurs, quand ils ne sont pas escrocs. Il est dommage qu’au lieu d’un débat public, l’on en arrive à ce genre de déballage. Car des deux côtés, les hommes et les femmes de qualité sont nombreux. Ainsi un Sassi est bien naturellement hors-champ. On peut être en désaccord avec lui, et je le suis depuis 10 ans au moins, mais son intégrité absolue, la force de ses convictions, son abnégation ne peuvent lui valoir que le respect de tous. Les Bouaziz, Mjahed et bien d’autres sont inattaquables en tant qu’individus. Pour préserver des chances de reconstruction d’une gauche plurielle, où la contestataire peut jouer un rôle précieux, il nous faut retrouver les règles du débat et faire la différence entre un qualificatif politique et une insulte personnelle. Instrumentaliser l’AMDH, prendre la défense systématique des séparatistes et des terroristes est suicidaire comme attitude politique. En déduire que les gens d’Ennahj sont des agents algériens est une diffamation. C’est à ce genre de nuances que nous sommes appelés à faire attention. La dérive actuelle a atteint le fond. Un homme d’une correction absolue, d’une ouverture réelle, blessé, a réagi. Herzeni est d’abord la victime de ceux qui l’ont injustement traîné dans la boue. Il n’a pas besoin que je lui dise mon amitié. Mon espoir, le sien j’en suis sûr, est que l’on puisse ouvrir un débat dur s’il le faut, mais sans pratiques staliniennes. Ceux qui polluent ce débat, jouent aux nihilistes le jour et se mettent sur le marché le soir. C’est à leurs camarades de les mettre hors d’état de nuire, ou au moins de leur imposer le respect des autres.

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