100% Jamal Berraoui : Le choc des images

100% Jamal Berraoui : Le choc des images

LCI passe la scène en boucle. Il s’agit de l’après-affrontement entre les candidats à l’immigration et les forces de l’ordre maroco-espagnoles. L’image est rude, néfaste pour le Maroc dans son ensemble. Du côté espagnol, des lits de camp, des médecins, des associatifs qui distribuent des vêtements, un traitement humain. Du côté marocain, une piste en plein désert, des hommes qui pleurent de soif et qui promettent de revenir. Cette image là, nous la payerons très cher, il ne faut pas être un homme de l’audiovisuel pour le comprendre. Justement, nos hommes et nos femmes de l’audiovisuel n’ont rien compris et ont salopé le travail. Les deux envoyés spéciaux se sont cru obligés de coller au communiqué officiel. Ainsi, il n’était question que de la détermination du Maroc à respecter ses engagements et de combattre l’émigration clandestine. Les gars ont oublié qu’il s’agit d’êtres humains et qu’il y a des morts. Ils ont aussi oublié qu’ils s’adressent à un peuple de migrants et que leurs chaînes prennent fait et cause pour nos clandestins, réclament leur régularisation et s’élèvent contre toute mesure répressive, même assortie du minima humanitaire. Cette tragédie humaine n’est pas conjoncturelle. C’est un vrai piège pour le Maroc et le mot est faible. Les flots de désespérés ne s’arrêteront pas. Le discours officiel n’est, de ce fait, pas erroné. Il est cependant assurément mal emballé. Ainsi, mettre l’accent sur la perméabilité de la frontière algérienne et exiger une coopération internationale ne mange pas de pain auprès des opinions publiques. Celles-ci, sous le choc des images, sont peu réceptives à ce genre de discours. Or, les images précitées choquent et les Africains et les Européens. Le même jour, un porte-parole de l’Union européenne annonce que le Maroc recevra 40 millions d’euros, cela fait combien d’immigrés abattus ? Les associatifs européens posent la question, même si elle est forcément démago.
Ce qui ne l’est pas, c’est de dire que cette problématique concerne tout le monde et qu’elle doit avoir une solution multiforme. La première est d’ordre législatif. Si des dizaines de milliers de Subsahariens bravent la mort pour aller à Méllilia, c’est qu’ils savent que dès qu’ils foulent cette terre l’affaire est gagnée. En effet, l’Espagne leur délivre une carte de réfugiés valable un an qui leur permet de se fondre dans le paysage. Il suffirait que l’Espagne revisite cette loi pour que le siège de Sebta et Mellilia soit levé. Impossible parce que, peuple de migrants, d’exilés politiques pendant longtemps, l’Espagne ne peut se résoudre à un tel traitement sans affronter son opinion publique. Alors elle délègue…En parlant des enclaves, il paraît que le Maroc s’apprête à construire un mur, les «frontières imaginaires» seront matérialisées par nos soins, ce qui ne plaide pas vraiment en faveur de la décolonisation. Revenons à notre affaire. L’Etat se doit de respecter ses engagements, les contraintes sont réelles. Il doit le faire dans le respect absolu de la dignité humaine. Cela ne sera possible que si la société civile marocaine se mobilise sur le sujet. Ainsi, il faut se mobiliser pour de véritables centres, des conditions humainement respectables. Mais il faut surtout combattre le racisme patent autour de ce phénomène. On connaît la bourde de Khalid Mechbal, un autre confrère a titré à la «Une» : «Les émigrés africains sont porteurs du Sida» sans aucune confirmation médicale… d’un seul cas sur les dizaines de milliers qui traversent le Maroc depuis quelques années. Nous sommes réellement en train de donner l’image d’une société raciste, sanguinaire, ce qui est faux.
A douar Hajja, à Rabat, les bidonvillois offrent  à manger à ces damnés de la terre. Voilà un reportage que nos chaînes ne passeront jamais, pourtant il atténuerait le choc de celles de LCI.
L’Etat marocain est pris dans un piège, qu’il se doit de gérer. La société marocaine, elle, ne peut se référer aux valeurs humanistes universelles quand il s’agit de Béni Meskine et aux accords étatiques quand il s’agit de Nigériens. La balle n’est pas dans le camp du gouvernement, nous sommes tous interpellés. Nous n’avons aucun droit au silence synonyme de lâcheté, à «la compréhension» de ni de nos valeurs ni à la permissivité vis-à-vis des relents racistes. Toute autre attitude que la fermeté sur le respect de la dignité humaine est tout simplement abjecte.

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