100% Jamal Berraoui : Ne plus «surcoter» les tocards

100% Jamal Berraoui : Ne plus «surcoter» les tocards

M. Tuquoi, journaliste au « Monde » et prétendument spécialiste du Maroc, a commis un nouveau livre. Le biais de M. Tuquoi est connu : il a annoncé que le Roi serait le dernier, il va passer le restant de ses jours à tenter de « matérialiser » son oracle. Je ne suis même pas sûr que ce journaliste n’aime pas le Maroc, il est dans une posture de dénégation, parce qu’il a toujours fait preuve de précipitation immature. Il est intoxiqué par un cercle de sources réduit, lui-même manipulable et manipulé à souhait, parce qu’il s’est coupé des autres sources, il en est réduit à s’accrocher à l’écume, aux chuchotis de couloir. On est en droit d’attendre plus d’un journaliste du « Monde », ce journal a cependant déjà déçu sur les révélations de l’affaire Ben Barka par exemple, le biais était déjà là.
Les rumeurs, les chuchotements, les « révélations » de troisième main, les détritus de conversations hypothétiques dont la chaîne-source ressemble à celle d’Abou Horeïra, voilà de quoi est fait le livre de M. Tuquoi sur les relations entre la France et le Maroc. Ce livre n’est pas dérangeant, il est ennuyeux, il vous tombe des mains ; sauf si vous êtes un peu voyeur et que vous cherchez des anecdotes pour faire savant dans un dîner de cons.
Seulement, le journaliste français est doué pour les opérations de promotion. Il a envoyé ses épreuves à tous ses confrères parisiens, sans écho palpable. Juste et plusieurs d’entre eux me l’ont dit, parce qu’ils l’ont trouvé sans intérêt. Alors une drôle de machine s’est mise en branle. Un e-mail a annoncé qu’une délégation composée de personnalités fait le tour des Rédactions à Paris pour assurer le blocus de ce qui se veut être un brûlot. Pas de chance, seul Fayçal Laâraïchi était à Paris. Alors on change de fusil d’épaule, non, c’est une délégation de journalistes qui va se coltiner le boulot, les Tournesol II comme on les appelle. Là aussi, ce n’est qu’un mensonge. Le mensonge est destiné à gêner les journalistes français : s’ils ne parlent pas du livre, c’est qu’ils ont subi les pressions du Maroc.
Au Maroc, comme d’habitude, on tombe dans le panneau. M. Tuquoi et son livre font l’événement médiatique. Lui s’estime combattu parce qu’il ne fait pas  dans la flatterie. Je suis convaincu que nous faisons trop de cadeaux  à M. Tuquoi et ses semblables. J’ai vu l’autre jour sur LCI un débat entre le patron de la Rédaction du «Nouvel Observateur» et une journaliste du «Figaro». Lui disait : «Au Maroc, ils ont une liberté de la presse inouïe», elle sursaute : «Mais non, ils leur collent des amendes colossales en millions d’euros». C’est à ce genre de journalistes, peu informés, que nous avons affaire. Ceux qui connaissent bien le Maroc n’arrêtent pas de nous prévenir : «Cessez de surévaluer ce que nous écrivons». Et c’est vrai que le problème est là. Nous faisons du journaliste de base d’un journal étranger un acteur de la vie publique locale. Nous sommes dans la posture de l’élève qui a fait des efforts et qui attend des signes d’encouragement de l’instituteur. L’instit étant la France dans son ensemble. Hubert Vedrine n’arrête pas de dire des choses positives sur l’expérience marocaine, il la place comme modèle pour la région. C’est l’un des hommes politiques influents et un grand connaisseur des choses du  monde, un socialo en plus. La presse marocaine ne s’y intéresse pas, par contre, un Tuquoi ou un Cembrero agitent le microcosme. Il faut que cela cesse, ce rapport est réellement celui de colonisés. Tuquoi, Cembrero et les autres écrivent rarement des exclusivités, ils reprennent simplement ce qu’ils lisent sur une partie de la presse marocaine. Il y a une véritable contradiction à accepter celle-ci et à avoir l’urticaire dès que les mêmes sottises sont publiées à l’étranger, pour un public étranger, qui, in fine, n’influent en rien sur la politique intérieure. Quant aux décideurs, Chirac, Zapatero, Hollande ou Jospin s’il revient, ils ont d’autres sources d’informations, beaucoup plus fiables. Dès lors, arrêtons de tomber dans tous les pièges. La seule réponse valable c’est la condescendance. Le livre de Tuquoi, mis en vente au Maroc, sans ce tapage médiatique, c’est 1000 exemplaires de vendus à tout casser. Il est en train de circuler sous le manteau comme un «samizdat», l’arnaque a encore marché. Je l’ai lu, il a sa place dans le fond des librairies marocaines, sans plus. N’en faisons pas un best-seller de contrebande, il ne le mérite vraiment pas. Nos fondations sont beaucoup trop solides pour justifier cette fébrilité malsaine.

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