A dire vrai…À la recherche d’un nouveau siècle des lumières…

A dire vrai…À la recherche d’un nouveau siècle des
lumières…

L’oncle d’Amérique a débarqué à l’improviste, enflammant l’atmosphère à la maison. Mon fils et ses amis Omar, Hamza et Yacine sont agglutinés autour de lui. Profitant de la bonhomie de mon beau-frère, ils l’ont assailli de questions, avides de tout savoir sur le pays de l’Oncle Sam. J’observe la scène à distance.
– Dis Tonton Hassan, dit mon fils tout excité, Hamza veut aller aux États-Unis ! Qu’est-ce t’en penses ?
– Eh bien, il est le bienvenu, rétorque mon beau-frère. On y fait de bonnes études.
– C’est pas pour des études. C’est pour de bon. Il dit que là-bas il y a la démocratie.
Les enfants éclatent de rire. Mon beau-frère et moi échangeons des regards amusés.
– Tu sais, dis-je à Hassan, depuis que leur prof leur a demandé de commenter la déclaration d’indépendance des États-Unis écrite par Thomas Jefferson en 1776, non seulement ils veulent que ce texte soit enseigné partout, mais nous leurs parents, ils nous trouvent timorés face aux gouvernants.
– Normal. Nous ne réalisons pas à quel point le monde des jeunes d’aujourd’hui est différent du nôtre.
– C’est vrai. Depuis que j’ai entendu les propos des enfants sur la démocratie, je me demande ce que ce mot signifie au juste. Est-ce que je lui donne le même sens que mon fils ? Lui et ses amis ont-ils la même acception ? Pas sûr qu’il indique la même chose pour tout le monde. N’est-ce pas Hamza ?
– Dans une démocratie les gens sont libres, ils disent ce qu’ils veulent, pensent ce qu’ils veulent, font ce qui, ils veulent, répond-il, l’air déterminé.
– Pour moi, réagit Yacine, c’est quand on peut choisir les gouvernants, et qu’on peut les changer.
– Écoutez, dit mon beau-frère, quand on se pose des questions, il n’y a qu’une chose à faire. Le dictionnaire. Rien de mieux que de revenir aux bases. C’est efficace pour accorder tout le monde.
Mon beau-frère se redresse et tire sa tablette de son étui. Les enfants suivent ses gestes, les yeux rivés sur le joujou électronique. Après quelques balayages de l’écran avec ses doigts, il affiche le Larousse. Lentement, il introduit le mot « démocratie » et se met à lire la réponse.
– Trois définitions : 1) Système politique dans lequel la souveraineté émane du peuple, 2) État ayant ce type de gouvernement, 3) Système de rapports à l’intérieur d’une institution où il est tenu compte, aux divers niveaux hiérarchiques, des avis de ceux qui ont à exécuter les tâches commandées. C’est clair.
Nous restons pensifs. Comme si chacun de nous essayait de remettre ses pendules de la démocratie à l’heure. Mon beau-frère brise le silence le premier.
–  On peut dire qu’en Amérique la souveraineté émane du peuple. Il élit le président et le Congrès. Pourtant, quelque chose me turlupine. Ne peut se présenter au suffrage des citoyens qui veut. Il faut un budget colossal. Quelle liberté a alors le peuple pour choisir à qui confier le pouvoir ? Mais, passons. Vaut mieux choisir entre une poignée de candidats que pas de choix du tout.
– Aux États-Unis ou ailleurs, fais-je remarquer, les peuples ne peuvent contrôler leurs gouvernants durant leurs mandats. Exemple, ils étaient contre la guerre d’Irak. Ils sont contre l’intervention en Afghanistan. Ils n’ont rien pu y faire. Et ça, ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Un tas de décisions sont prises au quotidien par les gouvernants, sans que les peuples puissent se prononcer ou s’y opposer.
– Dans ce cas, les parlements ne sont que des chambres d’enregistrement, dit Omar. N’est-ce pas ?
– Moi ce que je trouve étrange dans ces démocraties qu’on dit avancées, dit Yacine, ce sont leurs meetings électoraux. Les gens sont  littéralement hystériques. Ils boivent les paroles du candidat, prêts à lui confier leurs destinées. Comme s’il était le messie qui résoudra leurs problèmes. C’est de l’idolâtrie !
– Alors on fait quoi, on revient à l’Agora des Grecs ? suggère mon fils avec excitation.
– Tu ne penses pas si bien dire ! s’exclame mon beau-frère. On oublie que nous sommes à l’ère du Web et de Facebook! Vous, génération Y, vous avez grandi dans un monde différent. Vous êtes autonomes, connectés, déterminés. Vous savez ce que vous voulez. Pour ces raisons et bien d’autres, votre monde a besoin de son siècle des lumières. Vous avez besoin de vos Ibn Khaldoun, John Locke, Al-Farabi, Voltaire, Ibn Rouchd, Thomas Jefferson, Diderot, Al-Kindi, Emmanuel Kant, Adam Smith, Montesquieu, Jean-Jacques Rousseau,… Nos systèmes et nos organisations politiques sont obsolètes pour vous. Il va vous falloir tout réinventer, démocratie, séparation des pouvoirs, vote, représentation populaire, partis politiques… En attendant, pardonnez-nous… Nous n’avons rien prévu pour vous.

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