Autrement : Quick au banc des accusés

Autrement : Quick au banc des accusés

La nouvelle polémique est partie de Roubaix, ville ouvrière du nord de la France où le chômage et la pression du Front National font des ravages depuis plusieurs décennies. Les familles maghrébines y sont particulièrement nombreuses, algériennes en majorité (tandis que Lille, la métropole voisine, compte surtout des familles marocaines). C’est le maire socialiste de cette cité, René Vandierendonck, qui a, si l’on peut dire, «ouvert le feu». L’homme a plutôt bonne réputation. Ce juriste, spécialiste des libertés publiques, a fait partie, naguère, du Haut Conseil à l’intégration. Il est un des derniers élus socialistes originaires de la famille politique des démocrates chrétiens. On ne peut pas le soupçonner de racisme, et pas davantage d’islamophobie. Pourtant, à quelques semaines des élections régionales, il a cru devoir dénoncer haut et fort le fait que le restaurant «Quick» de sa ville a décidé de servir de la viande «halal» pour tout le monde. Selon lui, il s’agit d’un comportement discriminatoire à l’égard de la clientèle non-musulmane, un pas de plus fait dans le sens de l’enfermement sur elles-mêmes des communautés nationales et ethniques. Le ministre français de l’Agriculture, l’UMP Bruno Le Maire, a volé à son secours, et voilà qu’en plusieurs lieux de France, des élus s’inquiètent soudain du développement du marché de la viande halal, perçu tout à coup comme une menace contre le «vivre ensemble». Il y a certainement des questions à se poser quant à ce marché, mais ce ne sont pas forcément les bonnes qu’a soulevées le maire de Roubaix. Est-ce qu’un sandwich de la chaîne multinationale Quick est meilleur avec de la viande halal? Des consommateurs ont estimé que le goût ne semblait pas vraiment différent, ce qui n’étonnera pas les vrais amateurs de viande qui connaissent les caractéristiques de cette «cuisine» rapide. Mais comment reprocher à un entrepreneur privé de proposer un produit particulier pour une clientèle précise? «Business is business!». Le maire de Roubaix ne s’est pas offusqué, jusque-là, que les restaurants chinois de sa ville proposent de la cuisine asiatique et pas de la cuisine italienne… La viande réputée «halal», de surcroit, est appréciée par beaucoup de personnes qui ne sont pas, pour autant, musulmanes. Le problème le plus important que ce marché soulève a été, pour l’instant, oublié. C’est celui-ci: à qui va l’argent versé pour le contrôle de l’authenticité de la viande halal? Quelques grandes mosquées sont aujourd’hui reconnues compétentes par le ministère français de l’Agriculture pour effectuer ce contrôle et en toucher les dividendes. Mais il y a aussi des organisations qui se présentent comme plus «indépendantes» et qui sont liées à des courants musulmans plus «fondamentalistes». Inévitablement, du fait de l’existence de quelque six millions de musulmans au sein de sa population, la société française va devoir apprendre à vivre avec le marché de la viande halal. Le discernement s’avère alors important.

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