Autrement : Subversion prophétique

Autrement : Subversion prophétique

Le judaïsme, le christianisme et l’islam, trois religions monothéistes, nées au coeur du Proche-Orient se caractérisent par l’accueil d’une révélation médiatisée par des hommes qui se sont présentés comme les «porte-voix» de Dieu. Ces personnes sont appelées «prophètes». Qu’il s’agisse des propos d’Abraham, de Moïse, de Jésus ou de Mohammed, tous peuvent être teintés de douceur lorsqu’il s’agit de parler de la tendresse de Dieu.
Seulement nous retrouvons également des paroles rugueuses lorsqu’ils se sentent investis d’une mission de réveil, d’avertissement, de rassemblement des hommes pour leur retour dans une voie droite. Des exemples sont donnés dans la dénonciation de l’idolâtrie, l’adoration, la soumission à tout ce qui n’est pas Dieu. Ils ont abandonné leur sécurité, risqué leur vie, accepté de se faire des ennemis, crié contre l’injustice, défendu le pauvre et l’orphelin.  Dans les sociétés dans lesquelles ils sont apparus, ils se sont vite révélés comme étant des «trouble-fêtes», des contestataires de l’ordre (du désordre) établi. Tout particulièrement, ils se sont retrouvés en porte à faux avec les hommes de religion, tous les fonctionnaires du sacré qui avaient pu s’approprier les affaires de Dieu, en tirer profit financier et pouvoir pour eux-mêmes.  Ils ont été aimés par les uns, haïs par les autres par leur volonté de tout subordonner à une parole de vérité. Le prophétisme, ainsi, est incontestablement de nature subversive. Il est, par essence, le contraire du conservatisme.
Pourtant, toutes les religions prophétiques ont dû s’institutionnaliser afin de s’inscrire dans la durée. Dès lors, la «subversion prophétique» a été canalisée, devenant moins opérante. Elle ne disparaît pas pour autant car étant à la racine même des trois religions révélées, elle ne peut être réduite au silence. Même si elle s’est retrouvée sous le contrôle des clercs, prêtres ou savants, elle n’a cessé de réapparaître sous des formes diverses dans les sociétés  «du Livre». Pour les Musulmans, le temps prophétique  a trouvé sa clôture avec la mission de Mohammed, «sceau des prophètes».
La dynamique contestatrice ou protestatrice des prophètes resurgit sans cesse, qu’elle s’exprime sous des formes admirables ou perverses. Si les prédicateurs islamistes sont entendus, c’est peut-être parce qu’ils savent se saisir de cette subversion, savent la réactualiser tout en la détournant souvent au profit de constructions idéologiques ou d’une soif de pouvoir. Au risque, donc, de voir un jour la «subversion prophétique» se retourner contre eux aussi.

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