De toutes les couleurs : adapter l’oeuvre au milieu

De toutes les couleurs : adapter l’oeuvre au milieu

Passer d’un pays européen à un autre pays européen ne crée généralement aucun besoin de modification ou d’adaptation de la part des artistes. Mais quand le contexte de l’exposition est radicalement différent, les artistes ont deux options : réajuster leurs visions et adapter leurs œuvres, au risque de légèrement égarer leurs âmes, ou bien ne rien modifier à leur façon de travailler au risque de choquer ou causer de la subversion. Un bon nombre d’artistes marocains vivent en Europe ou ailleurs, dans d’autres pays où ils ont l’habitude de s’exprimer librement. Certains s’expriment sur des sujets encore plus ou moins tabous au Maroc, et quand ils doivent y exposer leurs œuvres, ils sont confrontés au dilemme d’être eux-mêmes ou de plutôt passer leur message en paix. Au Maroc, comme dans tous les pays arabo-musulmans, il est difficile de s’exprimer sur les trois sujets les plus inspirateurs au monde, à savoir, le sexe, la politique et la religion. Je pense qu’à moins de vouloir volontairement, et de manière responsable, choquer un public peu habitué aux électrochocs, il est permis de modérer ses propos pour passer un message ou simplement se faire connaître auprès d’un public différent. Après tout, on peut provoquer le même effet en exhibant une femme totalement nue à Paris qu’en montrant un simple genou nu ailleurs. «C’est le spectateur qui fait l’image», disait Marcel Duchamp. Quand vous regardez une œuvre, vous y voyez ce que vos yeux veulent voir. Friedrich Nietzsche aussi disait qu’il n’y a pas de faits, mais uniquement des interprétations. Je pense que dans le contexte du Maroc, et malgré le fabuleux progrès en matière d’acceptation des quelques excentricités de l’art local, il est plus judicieux de ne pas opter pour la confrontation directe avec les mentalités encore peu préparées. Il s’agit de permettre à l’art d’améliorer ou encore mieux, d’éduquer les mentalités de manière progressive, sans toutefois oublier qu’un petit choc de temps en temps fait du bien. C’est l’art qui change les mentalités et permet aux spectateurs d’être mieux préparés à voir. Et puis, rappelons-nous qu’en Europe, les choses n’ont pas changé du jour au lendemain. Il a fallu beaucoup de temps et d’évolution pour arriver au degré de liberté qu’ils ont atteint. Je pense que choquer pour choquer n’est pas constructif s’il n’y a pas de propos clair et une vision responsable. Et ce n’est pas nécessairement plus intelligent ni plus courageux de choisir de simplement choquer pour la seule fin d’être médiatisé, car le courage et la détermination, s’ils sont sans propos clairs et constructifs, ne suffisent pas.

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