De toutes les couleurs : Casablanca

De toutes les couleurs : Casablanca

J’aime beaucoup Casablanca durant la période des fêtes d’Al Adha (fête du mouton) car elle se vide d’une bonne partie de sa population. Beaucoup de gens rentrent chez leurs familles partout au Maroc et la ville plonge dans un calme relatif très spécial.
Plus jeune, j’adorais marcher partout dans Mers Sultan, traverser le centre-ville de long en large, admirer le patrimoine architectural des années 30 à 50 réalisé par certains des plus grands architectes de l’époque. Alors pendant près d’une semaine, Casablanca redevenait la paisible cité blanche, tendrement ensoleillée, s’étalant le long de l’atlantique et sentant l’iode partout, jusque dans les nombreux espaces vides -parfois verts- dont elle était parsemée. Nous vivions à la fois en ville et à la campagne.
Jeune étudiant en France, j’allais visiter les musées parisiens chaque week-end, et malgré la fascination que me procurait la ville des lumières, je continuais à insister que Casablanca était la plus belle ville du monde. Par nostalgie, de toute évidence. J’oubliais la pollution, le bruit et la poussière pour ne plus y voir que les maisons blanches, les bouts de forêts et les petites rivières d’eau fraîche qui traversaient la ville et qu’on a fini par enterrer.
Plus tard sur la côte ouest nord-américaine, lorsque je disais que j’étais de Casablanca, on me répondait infailliblement : «Wow, it’s romantic !» Evidemment, ce n’est pas de la ville qu’ils parlaient mais de “Casablanca” le film réalisé par Michael Curtiz en 1942, avec Humphrey Bogart et Ingrid Bergman. Un film considéré par beaucoup comme le meilleur film de l’histoire du cinéma américain, jusqu’au 17 juin 1998, où le “American Film Institute” l’a classé 2ème après “Citizen Kane”. Léon L’Africain (1488-1548), évoquant la destruction d’Anfa par les  Portugais en 1469, en disait ceci : «Très policée et prospère parce que son territoire était excellent pour toutes sortes de céréales. En vérité, c’était le plus beau site de toute l’Afrique». Il pensait aussi que plus jamais personne n’allait y habiter : «…dans un tel état qu’il n’y avait plus d’espoir qu’elle soit jamais habitée à nouveau». Et c’est vrai que Anfa est restée inhabitée pendant près de trois siècles avant de renaître sous le nom de Casablanca.
Aujourd’hui, certains disent que Casablanca est trop neuve, immature ! Mais pensez-y, Mozart était immature, l’Amérique est considérée comme immature par le Vieux monde auquel elle vient justement de donner une bonne leçon de démocratie en élisant Obama.
Alors à l’image de l’Amérique, Casablanca est une ville étonnante et qui continue à surprendre tout le monde. Côté art, on y voit s’ouvrir des galeries d’art presque chaque mois. Et pour tout vous dire, j’y ai vécu les vernissages les plus somptueux et les réceptions les plus professionnelles de tout le pays ! Franchement, cela n’a rien à voir avec ce qui se passe ailleurs au Maroc. Après les affaires, Casablanca est en train de devenir le noyau dur de l’art marocain.

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