Exclusion, relégation… radicalisation…

Exclusion, relégation… radicalisation…

Alors bien sûr faire ce lien n’est pas exhaustif, ni exclusif et l’on est bien d’accord que tout jeune vivant l’exclusion n’a pas vocation à sombrer dans le piège de la radicalisation, tout comme des jeunes parfaitement insérés socialement ne sont pas immunisés face à l’embrigadement… mais, tout de même, il serait irresponsable de ne pas voir que la relégation forme un vivier où les recruteurs n’ont qu’à piocher pour grossir leurs rangs.

Non, dire que l’exclusion peut conduire à la radicalisation ne signifie nullement «excuser», contrairement à ce qu’a proféré le premier ministre français en prononçant cette énormité, mais ne pas faire ce lien reviendrait à être sourd et aveugle !
Lorsque j’ai prononcé ces 3 mots lors d’un débat sur le livre «Ce qui nous somme» il y a quelques jours, j’ai bien senti le déni de certains et pourtant !!!!

Il suffit d’être sur le terrain et/ou d’être à l’écoute des courants qui traversent notre société dans ses soubassements (et pas seulement la nôtre d’ailleurs) pour percevoir le danger.
Je n’ai pas trouvé mieux pour expliquer cela que la réponse que m’a faite un jeune de 20 ans lorsque je lui ai demandé comment il était possible qu’un jeune puisse «choisir» de tuer d’innocentes victimes en se tuant lui-même et qu’il m’a répondu : «Mais nous sommes morts dans nos têtes depuis longtemps» !

Et c’est bien là que les recruteurs de la mort trouvent la faille : ils proposent à des jeunes qui estiment avoir raté leur vie, de réussir leur mort… pire : de réussir leur seconde vie, celle de l’au-delà!

Les fabricants de terroristes jouent sur le besoin d’appartenance de nombre de jeunes  auxquels nous ne parvenons plus à offrir un groupe, une identité, une Nation dans lesquels se retrouver.
A force de laisser nos gosses face au vide, nous avons laissé le terrain libre à ceux qui savent leur parler, leur promettre, leur mentir, leur faire miroiter des chimères…
Ce qui donnait du sens à une vie, un espoir en un avenir, une perspective d’élévation sociale dans le futur, a disparu, les «groupements» susceptibles de fournir une appartenance : le club sportif, la maison de jeunes, le quartier (Ouled Derb), l’association culturelle, l’entreprise… sont en déshérence, l’individualisme détruit tout sur son passage et aujourd’hui ce n’est plus le leader qui sert de repère mais bel et bien le dealer !

Alors oui nulle excuse, nulle circonstance ne saurait justifier le terrorisme, la barbarie n’est jamais justifiable et toutes les victimes – et leurs familles – qui en payent le tribut sont des martyrs, mais soyons conscients que les propos de haine, de rejet de l’autre, de vengeance, de mobilisation que tiennent les recruteurs, arment les bras des jeunes terroristes et qu’ils auront d’autant plus d’écho auprès d’une partie de la jeunesse que celle-ci vivra dans un environnement que ne lui offre ni place, ni perspective, ni espoir.

Je suis obsédé par la phrase, citée plus haut, que m’a jetée au visage un jeune «exclu» ici dans un de nos quartiers, et qui rejoint celle qu’un jeune beur m’avait balancée du haut de sa cité, il y a quelques années : «Je rouille plus vite que le banc sur lequel je suis assis» !

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