Hors-jeu : Attentisme morbide

Jamais la conjoncture sportive n’a été aussi morose qu’elle ne l’est aujourd’hui avec le cumul des échecs aggravé par un vide juridique étourdissant. Tout le monde navigue à vue, la plupart ont sombré dans les océans de la nullité et le peu qui reste, s’accroche désespérément à une bouée de sauvetage dégonflée.
On ne dramatise pas quand la réalité du terrain fournit de mauvais résultats, des dérapages individuels ou collectifs, et des violations répétées des règlements. L’essence même de la pratique sportive est inversée en une indiscipline caractérisée des joueurs, des dirigeants et des entraîneurs.
Le gouvernement Jettou a tort de sombrer, lui aussi, dans un laisser-aller qui frise l’indifférence totale. Pour un pays qui brigue la candidature de la coupe du monde 2010, c’est plus que surprenant que son sport marche sans institution sportive.
Plus de deux mois après la dissolution du ministère des sports, rien ne filtre de la part du gouvernement quant à l’organisme qui va coiffer notre sport. Tout ce qu’on sait, c’est que tout est conjugué au mode du conditionnel à tous les temps de la rumeur composée selon les intérêts des uns et des autres. Et comme la rumeur chez nous traîne souvent une vraie fumée d’informations, il n’est pas exclu que la liste des candidats au poste du haut-commissariat au sport, soit celle qui circule depuis longtemps. À savoir Said Belkhayat qui est un fils de bonne famille et un dirigeant honnête, compétent, sérieux et rigoureux. La championne Nawal El Moutawakill n’est pas du reste puisqu’elle n’a plus rien à démontrer dans le domaine de la gestion sportive. Sauf qu’elle possède beaucoup d’atouts en compétence et en relations publiques internationales en tant que membre du CIO, de l’IAAF et d’autres organismes internationaux.
La liste étonne aussi par la présence de personnes qui ne peuvent pas se targuer d’un bilan positif pendant leur passage dans notre sport. Il s’agit notamment du dernier ministre de la jeunesse et des ports, Ahmed Moussaoui, et de l’ex-DTN de l’équipe nationale d’athlétisme, Aziz Daouda. L’un et l’autre ont beaucoup de cran politique, mais cela ne suffit pas pour diriger une institution sportive de ce rang. Reste le dernier candidat en date de la rumeur qui n’est autre que l’actuel Wali de Casablanca, Driss Benhima, qui serait dit-on sollicité pour ce poste.
Pour argumenter sa candidature on avance qu’il est un excellent gestionnaire et surtout un homme de poigne qui sied à la conjoncture actuelle. Il est indéniable que Benhima possède beaucoup de qualités, mais il sait mieux que quiconque que rien n’est transposable au sport. Il était président de l’association 2006 chargée de promouvoir la candidature marocaine et sait pertinemment qu’il a buté sur des mentalités d’un autre monde qui l’ont mené à l’échec. C’est dire que rien n’est plus facile que de dire qu’on peut réussir dans le sport ce qu’on n’a pu réussir dans d’autres domaines. Le sport est un monde à part surtout quand il est marocanisé par l’incertitude, les dérapages et le flou entretenu par ses dirigeants sportifs ou politiques.

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