Hors-jeu : Le derby du renouveau

Ce n’est pas le Raja qui a gagné le derby casablancais. C’est le football national. La mémoire est incapable de se souvenir d’un aussi bon derby. Le Raja et son frère ennemi le Wydad sont historiquement connus pour créer un haut degré du suspens chaque fois que les deux équipes s’affrontent depuis 1957. Mais la rencontre de dimanche dernier s’est distinguée par des faits nouveaux. Le haut niveau d’abord, car si les rajaouis l’ont emporté, leurs rivaux n’ont pas du tout démérité à part les erreurs fatales qu’ils ont commises. Les aigles verts étaient plus inspirés et ont maintenu une certaine régularité sur le plan tactique. Le jeu ouvert et le rythme effréné du cours du jeu ont donné des dimensions professionnelles au derby classique.
Le complexe Mohamed V valait bien un Santiago Bernabeu de Madrid avec ses gradins en ébullition et la discipline totale du public casablancais. Les dizaines de milliers de supporters présents sur les lieux méritaient bien un spectacle grandiose. Le fair-play des vingt-deux joueurs a complété le beau tableau. Dommage que cela n’arrive qu’une ou deux fois par saison. Dans le temps, d’autres équipes réalisaient les mêmes performances en matière de spectacle et de compétition de haut niveau. Si le complexe Mohamed V est déserté par le public le long de l’année sauf quand il s’agit du derby en question, ce n’était pas la même chose, il y a quelques années. Chaque fois que des clubs comme le MAS, les FAR, le KAC ou le SCCM jouaient à Casablanca contre l’une des équipes locales, le stade était archi comble. Maintenant, il va falloir attendre une autre occasion, de toute évidence lointaine, pour renouer avec l’exploit spectaculaire. Autrement, l’on aura droit à des scènes de ménage qui se terminent souvent par des nez saignés. Alors que le derby faisait vibrer le public bidaoui à Casa, les 1500 spectateurs présents sur le stade du FUS pour assister au match que livrait ce dernier face au Hassania allaient être témoins d’une scène indigne du sport.
En plein match, un joueur du FUS se dirige vers son coéquipier qui a commis une erreur et commence à le rouer de coups !! Il le châtiait sur-le-champ. Devant, le public et en présence des médias.
C’est dire combien l’esprit du professionnalisme est encore loin de la perception de la majorité de nos footballeurs. C’est pour ce genre de raisons que des matchs du niveau du derby devraient être plus fréquents. A en croire qu’il ne s’agit pas du même championnat. On ne mordra jamais assez dans son propre cerveau.  Profitons donc de ce court répit offert par la rencontre classique qu’a eu lieu avant-hier tout en sachant qu’une fois n’est pas coutume.  Mieux qu’un derby Zamalek-Ahly, le choc des deux frères ennemis casablancais était tout à l’honneur de la réputation historique du football marocain en général. Une réputation ternie et en régression alors que le football est en pleine évolution même dans les pays les plus sous-développés.  

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