Hors-jeu : Mordre le tartan

Que reste-il de notre athlétisme à part l’invisibilité de Hicham El Guerrouj ? Les deux seuls athlètes mondiaux, en l’occurrence Nezha Bidouane et Brahim Boulami ont déserté les pistes pour des raisons différentes. La championne  des 400 mètres-haies a passé une année sabbatique après sa maternité et le recordman des 3000 mètres steeple est suspendu pour dopage contesté. Il ne reste donc que le phénoménal El Guerrouj dont l’absence en championnats du monde en Angleterre a enfoncé le Maroc dans le tableau de classement. Jamais l’athlétisme national n’est tombé aussi bas en se contentant d’une seule médaille, de surcroît, de bronze remporté par Hachlaf. Tout le bataillon emmené par Aziz Daouda a mordu le tartan avec l’amertume de la défaite. Il fallait s’y attendre quand on sait que notre athlétisme navigue à vue depuis des années dans l’océan de la médiocrité et ne cesse de se heurter aux rochers de la mauvaise gestion et de la malveillance. D’autant plus que les athlètes de haut niveau ou les jeunes talentueux ont été poursuivis par la malchance comme Zahra Ouaziz ou par les contraintes de leur vie privée comme Hasna Benhassi. Mais le mal ne réside pas seulement dans ces forfaits car à force d’être jeté en pâture, notre athlétisme est devenu stérile. La relève ne suit plus parce que nos dirigeants et autres décideurs focalisent leur attention sur les stars et oublient l’essentiel : la formation des jeunes. C’est ce qui explique cette ruée de nos athlètes sous des cieux plus cléments qui ont permis notamment au Français d’origine marocaine, Driss Maazouzi, de remporter le championnat du monde.
En fait, ce n’est pas un oubli mais un délit de négligence qui a poussé des centaines de jeunes athlètes talentueux à émigrer pour fuir la misère, la pression et l’indifférence. Ce qui se passe aujourd’hui, et depuis hier, est très grave pour notre athlétisme qui était une puissance mondiale durant les années quatre-vingt-dix. Ce n’est pas seulement le statut du provisoire de la fédération qui a été à l’origine de ce pourrissement au sein d’une discipline riche en potentialités.
Cette crise date du temps du comité de la fédération dissoute qui était comme une forteresse infranchissable aux communs des athlètes. La dictature qui y régnait a nui à beaucoup d’athlètes, d’entraîneurs et de DTN dont le talent et la competence ne souffrent d’aucun doute. Ce n’est pas fortuit que des légendes comme Aouita et Nawal aient déserté une fédération, voire le pays, alors que les jeunes avaient besoin de leur expérience. L’arrivée du comité provisoire n’a rien changé à ces agissements car beaucoup de fonctionnaires légués par l’ancien comité ont continué à sévir. Maintenant que Daouda est revenu, il n’est pas exclu que l’ancien système soit calqué de nouveau à la situation actuelle. C’est pour cela qu’il est plus impératif que jamais que la légalité revienne par l’élection d’un nouveau bureau par une assemblée générale. Ce n’est pas pour changer les hommes, mais pour rétablir une mentalité de travail et abandonner une fois pour toute les réflexes dictatoriaux qui nuisent énormément à notre athlétisme devant l’IAAF.

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