J’aime, je partage: A chacun sa mort et sa gloire

J’aime, je partage: A chacun sa mort et sa gloire

Très jeune pour un bonhomme de son acabit. Pourtant le bougre a vécu. Et pleinement. Bref, on ne va pas revenir sur la carrière riche de cette immense icône. 

On lui rend hommage pour avoir laissé derrière lui quelques grands standards et un sublime album comme Shiffield Steel. L’hommage fait, on passe à notre propos. Le chauffeur de taxi, un mélomane très 70, n’en revient pas. Il en a les larmes aux yeux. Mais il fait très vite une embardée à gauche pour parler de nos artistes morts.

«Tu as vu toute la communauté artistique au monde qui a parlé de Joe Cocker ? Il suffit qu’un artiste meure pour qu’on en fasse un boucan de tous les diables, et on parle de sa vie, de son parcours, on lui rend des hommages, on  publie des livres sur lui, on monte des spectacles à sa mémoire, on diffuse des documentaires, des films, on fait intervenir des gens. Chez nous, rien de tout cela, mon frère.

Le pauvre Bastaoui, qui est pour moi un grand, est mort, on a écrit quelques lignes dans les journaux, un petit truc aux télés, et puis on a oublié. C’est triste». C’est l’Arlésienne. A chaque mort, on fait des comparaisons avec ce qui se passe ailleurs. Mais mon pauvre taximan, on est chez nous, et c’est comme ça. On ne peut pas faire autrement. Le jour où les artistes seront considérés comme des icônes, des leviers humains, des éclaireurs, des richesses nationales, une part entière de notre patrimoine, là, on aura franchi un palier dans le respect de l’art, de la culture et des individus qui tentent de nous tirer un tant soit peu vers le haut. «Je suis d’accord avec toi». Pour une fois, le taxi driver abonde dans mon sens. C’est une première. Je savoure. «Mais ne crois pas pour autant que c’est l’affaire de l’Etat ou du gouvernement. Ce sont nous, vous et moi, qui sommes fautifs. On ne comprend rien aux artistes ni à l’art, on est noyés dans la misère ambiante et on oublie que ce sont ces nourritures de l’esprit qui peuvent garder l’espoir en nous».  

Il a raison le chauffeur de taxi de rappeler que nos artistes, nos grands sportifs, ceux qui ont donné beaucoup  pour la gloire de leur pays, n’ont personne pour leur venir en aide, les glorifier et les soutenir, sauf le soutien royal, alors que  ce sont d’autres institutions qui doivent veiller à ce que toutes ces figures puissent avoir une vie décente, avoir une retraite, pouvoir se faire soigner quand elles tombent malades.

Les exemples de ceux qui ont été livrés à eux-mêmes sont nombreux. Inutile de revenir sur cette liste pour énumérer tous ceux qui ont fini leur vie dans la misère la plus noire, seuls, sans le sou, face aux affres de la maladie.

Comme dirait Joe Cocke, «Many rivers to cross» avant d’arriver à ce jour où les artistes vont être pris aux sérieux, valorisés, portés aux nues, parce qu’ils sont les véritables passeurs de relais dans toutes les sociétés.

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