Label marocanité : Carnet de voyage

Le gigantisme, pour éviter d’user du mot pharaonique, voilà ce qui caractérise cette cité. Et l’immensité est d’abord urbaine. C’est un ogre de béton, souvent gris, qui s’étend sur un périmètre de 85 km. Une densité urbaine, autant verticale qu’horizontale, qui donne une impression de vertige. L’enchevêtrement entre routes, autoroutes, ponts et habitations offre un spectacle de confusion. Et cet étrange sentiment que cette ville n’a jamais connu de programme d’occupation de sol. Elle est comme conçue par couches successives. Elle porte en elle les stigmates désordonnés des passages successifs: palais Mamlouks, caravansérails ottomans, la signature de 23 ans de présence française et les griffes de 44 ans de présence anglaise.
Ce gigantisme ne concerne pas uniquement l’urbain. Il est aussi humain. La foule, que dis-je, la houle, c’est frappant. Le Caire vit au rythme de deux démographies : 20 millions nocturne. 23 millions diurne. En somme, c’est presque la population de Casablanca qui débarque chaque jour dans la ville pour la quitter le soir. Le grouillement humain commence tôt. Et progressivement, il devient une marée avec des voitures antiques qui créent des thromboses chroniques.
Le Caire est un espace insécure. On y prend facilement peur. Paradoxe. La très forte présence policière (autant que les portraits de Moubarak) insécurise plus qu’elle ne rassure. Elle finit par évoquer la menace, sa potentialité et presque son imminence. Il faut croire, selon les Cairotes, que l’embauche des forces de l’ordre est une variable d’ajustement du chômage endémique. A 75 livres égyptiens par mois (100 DH), l’Etat embauche à tour de bras. A défaut de donner de suffisants moyens de subsistances, cela donne au moins un statut.
Il y a, enfin, cette insolite impression que dégage le tourisme égyptien. Tous les pays du monde valorisent leur passé, glorieux soit-il ou pas. Mais au Caire, le côté muséifié frise l’excès. Et il est un peu mortifère. On est d’emblée dans l’hiéroglyphe du funéraire, du momifié, des sarcophages et des catacombes. Un parfum de mort, en somme. Les guides s’en délectent. Ils parlent comme une mélodie. Ils font beaucoup usage de malice et de roublardise, symptômes de survie et de démerde dans une société. Le guide cairote est gentil. Mais si vous lui donnez une poignée de main, assurez-vous que vous avez bien récupéré l’intégralité de vos doigts.

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