Label marocanité : La belle et la bête

L’art de créer des polémiques électoralement fécondes peut être utile dans une élection qui n’excite pas les foules. C’est le cas des élections européennes. Il est fort à parier, du moins en France, qu’elles seront pimentées par quelques personnages.
Celui qui exerce cet art avec maestria, c’est le patron de l’extrême droite française, Jean-Marie Le Pen. A la veille des élections  européennes qui se tiendront le 7 juin, le vieux lion édenté rugit encore. Et pour focaliser sur lui la tension médiatique, Jean-Marie n’a pas son pareil. En réagissant aux propos du président du groupe socialiste européen, l’Allemand Martin Schulz, qui l’avait traité mardi de «négationniste», Le Pen a de nouveau affirmé devant cette instance que «les chambres à gaz des camps de concentration nazis étaient un détail de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale». Sachant que ce propos lui a déjà valu plusieurs condamnations, Le Pen, en faisant, est intimement persuadé de tout le bénéfice médiatique à tirer. Les vives réactions, qui n’ont pas tardé à se manifester, risquent d’en faire le centre d’un débat moral, situation dans laquelle il prospère généralement.
En évoquant son négationnisme, l’Allemand voulait barrer la route au menhir de l’extrême droite en proposant de modifier le règlement qui stipule que les séances inaugurales des nouveaux Parlements doivent être présidées par le doyen. Le Pen, qui aura alors 81 ans, pourrait, s’il est réélu, obtenir ce privilège. Il ne faut toutefois pas avoir la mémoire courte. Le cinéaste Claude Autant-Lara, élu d’extrême droite, avait eu ce privilège en juillet 1989 en tant que doyen d’âge.
Autre personnage qui risque d’être au centre du débat électoral européen, c’est Rachida Dati. Le journal «Libération» vient de dévoiler une liste pour les européennes qui date de 1994 où ladite Rachida Dati figurait, en 54ème position, sur une liste… socialiste. Celle de Rocard. Elle risque d’en prendre plein la gueule, la Rachida. Ceux qui l’ont adorée hier sont les mêmes qui la brûlent aujourd’hui et qui, avec cette nouvelle, vont rendre le feu de son géhenne encore plus ardent. Son procès en opportunisme n’en sera que plus grand.
Cocasserie de l’histoire. Rachida et Le Pen sont les deux facettes d’une même pièce…de théâtre. Celle de l’histoire de l’intégration maghrébine en France. Le Pen en était l’adversaire le plus abouti. Rachida en est le produit le moins abouti. En commun, ils ont Nicolas Sarkozy. Il a dévalisé à l’un son pactole électoral. Il a artificiellement élevé l’autre vers des cimes jamais atteintes par un enfant d’immigré maghrébin.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *