Label marocanité : La bigoterie de Skhirate

Porter un nom comme Chérif El Mekki, c’est déjà opérer la moitié du chemin d’une belle opération de com. Avec un nom comme celui-là, On a deux attributs subliminaux pour le prix d’un seul. Ils marquent et inscrivent d’emblée le bonhomme qui les porte dans le croisement de deux spiritualités, celle des chorfa et celle de La Mecque.
Est-ce suffisant pour empêcher le «guérisseur» de Skhirate d’être un charlatan pour ne pas dire un arnaqueur ? A mes yeux, il est les deux à la fois. Cela ne m’empêchera pas de saluer l’artiste. Sans pub, si ce n’est la rumeur. Sans preuve, si ce n’est le chahut. Sans démonstration si ce n’est le téléphone arabe qui demeure plus puissant que les mastodontes de la communication, il est tout de même arrivé à faire d’une bourgade, enserrée entre Casablanca la moderne et Rabat la politique, une Lourdes marocaine.
Certes, la presse nationale et internationale en a parlé. Mais elle a juste couvert le phénomène avant de participer à le renforcer. Elle n’est pour rien dans la création du prodige lui-même. Pas plus qu’elle n’est responsable du fait que des milliers de Marocaines et de Marocains, de différentes souches et classes sociales paraît-il, se soient bousculés à la recherche de l’onction «sainte» et du miracle attendu face à la maladie.
Et c’est là où le bât blesse. Et que l’arnaqueur devient potentiellement escroc. En prétendant par le simple frôlement soigner les maladies les plus graves type cancer, tumeurs et qu’en sais-je, il a jeté, honteusement et sans scrupule, son dévolu sur la désespérance humaine. Il a allumé l’espoir chez tant de gens fragiles face à leur maladie ou financièrement ou parce qu’ils font face à l’incurable.
Un malade, surtout quand c’est grave, attend de son médecin une solution technique mais aussi une relation qui l’aide à mobiliser ses forces pour guérir. Tous les médecins, face aux cas désespérés, connaissent cette demande, cette volonté de vivre, de survivre. Ils encouragent leurs malades à trouver aussi, à côté du traitement, les ressources en eux- mêmes. Et là, c’est l’amour des siens, de la vie ou la croyance qui sont généralement mobilisés pour retarder l’échéance fatale. Si la croyance est forte, presque de l’ordre de la foi, alors la foi peut devenir un auxiliaire de guérison, de dépassement de soi. Le guérisseur de Skhirate ne fait pas autre chose que d’user d’abuser de cette relation à la maladie.
Le génie de l’escroquerie semble tenir dans une alchimie démoniaque. Il y a la simplicité du procédé, avec bien entendu une absence de garantie de résultat, associée, filouterie suprême, à une apparence de désintéressement. Par le simple toucher, on peut enchaîner industriellement «les visites médicales» dont la gratuité cache mal qu’un pain de sucre, propice à la revente, coûte tout de même une douzaine de dirhams. Faites le calcul lorsqu’on voit les foules qui s’agglutinent dans cette bourgade devenue, le temps d’une tartuferie, un hospice à ciel ouvert.
Comme quoi la foule n’est pas nécessairement synonyme de raison.

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