Label marocanité : Petits cynismes des grands

Il est devenu platement commun d’affirmer que la politique de George W.Bush et de son administration nourrit le courant le plus sourd et le plus terroriste de l’islamisme. C’est tout aussi commun de penser que l’implacable et sale guerre menée par Poutine sur les terres tchétchènes alimente les réservoirs de braises d’humiliations qu’endure celui qui vit ce conflit comme une croisade contre l’Islam. Et ils sont nombreux. Il est enfin devenu cruellement banal et même épuisant d’expliquer en quoi les héritiers de Sharon ont constitué les plus ardents recruteurs pour le Hezbollah et le Hamas. La planète est diablement trouble depuis l’arrivée au pouvoir, presque en même temps, de Poutine, Sharon et Bush.
Poutine et Bush sont les représentants des deux nations qui, au siècle denier, se sont partagé idéologiquement la planète. Les deux nations qui avaient coupé le monde en Est et en Ouest, diamétralement opposées, et ont entretenu une guerre glaciale qui approvisionnait, sur tous les continents, des guerres bien chaudes. L’Ouest triomphera avec la fin du match annoncée avec la chute du mur de Berlin. On va rentrer depuis dans l’ère de la démocratie et du respect des droits de l’Homme dont les USA se proclameront les garants et les surveillants généraux. Mais très vite apparaître un nouvel ennemi, le terroriste islamiste. Le combat contre ce dernier favorise, il faut croire, les valeurs à géométrie variable.
Le meurtre de la journaliste Anna Politkovskaya à Moscou le 7 octobre 2006 est peut-être celui qui a déclenché un ouragan d’indignation internationale, mais que d’hypocrisie ! Tout le monde sait que les journalistes n’ont pas bonne presse chez Poutine. Il y a 13 journalistes qui ont été tués en toute impunité depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir en 2000. La Russie n’arrive-t-elle pas, selon le Comité pour la protection des journalistes, au 3 éme rang des pays les plus meurtriers du monde pour les journalistes, ne le cédant qu’à l’Irak et à l’Algérie.
George W.Bush, donneur de leçon en chef, vient de signer en grande pompe une loi rétablissant intégralement les pouvoirs spéciaux qu’il s’était attribué après le 11 septembre 2001. La Cour suprême avait beau dépouillé ses prérogatives exceptionnelles en invalidant en juin les tribunaux d’exception. Il revient à la charge. Cette loi liberticide qui abolit la séparation des pouvoirs, principe pilier de toute démocratie, provoquerait le bronca dans n’importe quel autre pays du monde. Rien de tel. Plus, les prisonniers de «la guerre contre le terrorisme» seront interrogés de façon musclée. C’est une manière policée, civilisée et précieuse même pour qualifier la torture. Les prisonniers de la «guerre contre le terrorisme» pourront être détenus indéfiniment. Les détenus pourront être condamnés à mort sur la foi de témoignages obtenus sous la torture. En cas d’acquittement, ils pourraient rester en détention jusqu’à la fin de la «guerre contre le terrorisme», notion indéfini et dans le temps.
Ces deux colosses, pourvoyeurs d’idéologies s’il en est, disent au monde : faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais.

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