Label marocanité : Recherche marocanité désespérément

Label marocanité : Recherche marocanité désespérément

Hassan II avait usé d’une métaphore qualifiant d’attaque cardiaque la menace qui pesait sur le Maroc des années 90. Il est à craindre, aujourd’hui, que ce soit du côté de l’attaque cérébrale que la menace pourrait venir. Et, avec ce genre de saloperie, on est tout de suite dans l’hémiplégie, la paraplégie, l’atrophie et l’ankylose. En somme, tu continues à vivre, mais sous assistance… parfois respiratoire.
La marocanité vit une époque drôle. Elle sort d’une longue période glaciaire. Et elle est comme rentrée dans une marée basse idéologique. Si, dans le passé, elle reposait, dans ses fondements, sur une citoyenneté prompte à courber l’échine, aujourd’hui, elle a du mal à trouver une posture confortable pour sa colonne vertébrale. Jadis, elle se construisait avec la crainte, la soumission et la peur : peur de Dieu, peur du Roi, peur de l’Etat. Aujourd’hui, elle semble troublée et édifiée qu’on lui demande, à commencer par le Roi, de s’atteler au changement. Les encellulés d’hier et les proscrits de jadis sont en train d’explorer, telles des fourmis besogneuses, les galeries souterraines de son histoire. Ils veulent ouvrir ses fenêtres et ses portes pour ventiler le réduit. Ils entendent aérer la marocanité. En chasser cette odeur suffocante de renfermé. Ce travail de mémoire devra bien s’achever un jour, bientôt même. Et l’avenir alors ? Question essentielle et difficile. C’est quoi le projet collectif ? Pas le lifting ou la chirurgie esthétique. Le projet collectif. Comment aborder et affronter l’avenir, sabre au clair ? Quelles sont les figures emblématiques capables de le porter ? Comment échapper à la panne sèche que connaît le moteur de nos idées? Comment cultiver la nouvelle citoyenneté ? La nouvelle marocanité ? Notre classe politique est en ruine. Nos intellectuels, à compter sur les doigts, sortent à peine du mutisme dans lequel ils s’étaient retirés (Laroui). Nos universitaires séminaristes sont engoncés dans la pensée bureaucratique. Notre société civile, à force de vouloir remplacer les politiques, a fini par les singer. Nos experts technocrates mesurent l’insuffisance de la technique dans un projet de société dénuée de valeurs et de fondements. Notre PAM est paumé et notre PIM (paysage intellectuel marocain) ne sent plus rien. Et nos joutes politiques sont monopolisées par les tribus du béniouiouisme qui affrontent la kabila du béninonisme. Nos écoles fabriquent une élite estropiée. Nos mosquées supportent l’oisiveté de tous ceux qui ne croient qu’au salut de l’au-delà. La parole charitable s’est substituée, chez nous, au goût de l’effort. Le malheur est devenu le passe-partout qui érige le compassionnel en projet de société. Même la compassion n’est pas quitte avec la corruption, (l’orphelinat de Casablanca). Quelle est, dans ces conditions, la matrice unificatrice? La vision globale ? Ce travail est une nécessité. Il y a matière pour nos intellectuels. Qu’ils s’y mettent ! Sinon, comme disait Audiard, « un intellectuel assis va moins vite qu’un con qui marche»…A méditer.

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